
Premièrement, la musique (composée pour Milan, en 1812). Celle d'un Rossini de vingt ans d'une fraîcheur grisante tant chaque moment de la partition est inventif, survolté et servi par une orchestration délicieusement subtile, faite de petites touches de couleurs, ici une phrase de cor, là un hautbois, ailleurs un solo de clarinette, le tout est d'une rare fraîcheur. Côté chant, les lignes vocales fusent avec spontanéité, elles sont graciles, parées d'ornementations ciselées comme des arabesques. On est loin des roulades interminables de la période napolitaine. On comprend pourquoi dans sa Vie de Rossini, Stendhal considère La Pietra comme le meilleur ouvrage bouffe du maître, sans parler du livret extrêmement inventif bien qu'un peu tordu de Luigi Romanelli où un microcosme de parasites et de scribouillards vaniteux est vivement égratigné.

Troisièmement, la mise en scène. Giorgio Barberio Corsetti et Pierrick Sorin ont transformé la scène du Châtelet en studio de télévision, les interprètes chantent et jouent devant des caméras qui les filment en permanence. Dans un coin du plateau, un manipulateur installe et désinstalle des maquettes de décors montées sur des roulettes. Ces maquettes sont filmées par d'autres caméras, en gros plan. Les images des chanteurs sont incrustées dans celles des décors puis reprojetées en temps réel sur trois grands écrans mobiles suspendus aux cintres, au dessus des interprètes. Le résultat donne des images kitsch-pop du plus bel effet (y compris sur le petit écran, et c'est bien l'une des rares fois où l'opéra passe aussi bien en télé), des vidéos déroutantes et poétiques qui tiennent chaque aria en haleine. Le caractère un peu schizophrène des doubles plans est du plus bel effet.

2 commentaires:
hé hé tu as regardé MEZZO hier soir?
C'est aussi passé sur Mezzo effectivement. C'est un spectacle magnifique non. Le DVD avec son petit livre très documenté est l'occasion de faire d'une pierre... deux touches!
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