Qui êtes-vous ?

Ma photo
Liège, Belgium
Né à Bruxelles dans une famille d'origine grecque, turque, albanaise et bulgare. Etudes secondaires gréco-latines. Licence en Histoire de l'art, Archéologie et Musicologie de l'Université de Liège. Lauréat de la Fondation belge de la Vocation. Ancien journaliste à La Libre Belgique et La Gazette de Liège. Actuellement Chargé de mission développement et médias à l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège. Directeur artistique-adjoint du Festival des Nuits de Septembre. Enseigne l'Histoire sociale de la musique aux Alumni de l'Université de Liège.

mercredi 13 février 2008

Télé-réalité à Kaboul

Après s'être intéressé à l'islam des Tchètchènes en 1992, puis aux confréries mystiques musulmanes de Macédoine (Les Amoureux de Dieux, 1998), le dernier film du cinéaste belgo-roumain Dan Alexe, Cabale à Kaboul renoue avec le genre du cinéma documentaire dans la lignée d'un Bresson, ou, plus proche de chez nous, d'un Thierry Michel. Si l'optique documentaire est de mise, le dessein du reportage reste obscur. Alexe filme la vie des deux derniers juifs d'Afghanistan, Zabulon Simantov et le "Mollah" Isaac Levy, deux individus réels qui cohabitent dans l'ancienne synagogue en ruine de Kaboul, désertée de longue date par la communauté juive. Le premier est un célibataire glabre d'une cinquantaine d'années, il fabrique secrètement son vin et s'adonne à la prière quotidiennement entre les petits plats mijotés et la télévision. Le second est le "Mollah" Isaac Levy, vieil homme d'une soixantaine d'années qui pratique le métier de sorcier et gagne quelques afghanis par semaine grâce à la vente des amulettes magiques qu'il fabrique lui-même.

Une multitude de questions se posent sur ces deux êtres. Pourquoi sont-ils restés en Afghanistan? Quel a été leur rapport avec le régime des Talibans? Comment sont-ils perçus par la population musulmane? Espèrent-ils un retour des juifs à Kaboul? Dan Axele n'apportent pas la moindre réponse à ces questions, il se contente pour l'essentiel de dresser un portrait assez grotesque des deux hommes.

Au-delà de la belle alitération avec "Kaboul" et du jeu de mot sur "Kabbale", le titre est à lui seul inapproprié. Nulle cabale en soi. Ou alors elle est purement imaginaire mais on ne la montre pas. La caméra filme tout au plus la haine entre les deux juifs, un conflit à prendre avec autant de sérieux que les escarmouches d'adolescentes prépubères. Isaac et Zabulon ne dialoguent que par jurons interposés - "Apostat", "Charogne", "Proxénète", "Sorcier" -, les humiliations qu'ils se font, les insultes qu'ils s'échangent semblent ne pas avoir de motifs valables. On comprend bien vite que la médisance gratuite prime sur le fait avéré. Ces deux-là fonctionnent comme un vieux couple. On en vient à douter du sérieux de leurs différents.



Formellement, le film appartient davantage au genre de la télé-réalité qu'à celui du cinéma réaliste. D'une qualité numérique assez médiocre, l'image s'introduit sans pudeur dans l'univers des deux personnages, elle décortique les petits faits d'un quotidien sans importance. Le cinéaste ne se contente pas de filmer : il est présent comme un témoin et un protagoniste à part entière. Dan Axele dialogue durant tout le long-métrage derrière sa caméra avec Isaac ou Zabulon. C'est par sa présence et ses dialogues que la narration, assez décousue certes, se construit (la grande originalité du film). Curieusement, alors que les développements psychologiques ne sont pas son fort, Dan Alexe offre d'assez beaux regards croisés, de belles actions dédoublées quand Zabulon et Isaac, chacun de leur côté, préparent à manger, égorgent des volatiles pour leurs sacrifices ou font leur course au marché de la ville.

Le moment le plus intéressant du film est indéniablement celui où Isaac est filmé en plein exercice de sorcellerie, en présence d'un couple de montagnards bien crédules : la caméra exerce sa pleine mission de reportage à la croisée de la sociologue, de l'anthropologie et de l'histoire des superstitions. Dan Alexe en tant que protagoniste s'efface, sa caméra a la concentration d'un scientifique en pleine analyse. S'il avait opté d'emblée pour cet éclairage moins caricatural, son film eût été autrement plus réussi...

Aucun commentaire: