
Si l'on demandait aux Italiens qu'elle est la plus grande chanteuse pop de leur pays, la réponse serait claire, simple et tranchée : Mina Mazzini. Appelée communément Mina, née à Crémone, en 1940, l'artiste fête en 2008 ses cinquante ans de carrière puisqu'elle fit ses débuts à "La Bussola" de Marina di Pietrasanta en 1958, salle de concerts qui sera continuellement associée à sa carrière.
Après quelques premiers titres dans la veine du rock naissant, interprétés sous le pseudonyme de "Baby Gate", Mina s'impose dans les années 60 avec des chansons qui s'écartent progressivement de l'insouciance stylistique qui domine la musique italienne de l'époque. Elle devient rapidement une icône nationale, succès qu'elle doit d'abord au développement de la télévision dans les foyers italiens à partir des années 60 : Mina passe régulièrement dans des émissions fétiches comme "Sabato sera", "Canzonissima", "Studio uno" ou plus tard "Milleluci", show qu'elle anime avec une autre star de la chanson italienne, Raffaela Carrà.
A cette présence sur les petits écrans qui contribuent à son succès s'ajoutent trois autres éléments. Premièrement, sa voix. Celle d'un mezzo-soprano d'une incroyable sensualité, souple, envoûtante, subversive et d'une tessiture exceptionnellement étendue dans les aigus. Deuxièmement, son interprétation. Chaque chanson est exécutée avec une implication psychologique et une force sentimentale marquées, comme si Mina narrait des drames personnels avec la conviction d'une tragédienne. Ses plus grands succès sont le récit de ses passions impossibles, de ses ruptures sentimentales, de sa douleur de femme trompée. Troisièmement, son image. Mina rompt avec l'aspect de l'Italienne traditionnelle des années 50, catholique et petite-bourgeoise. Elle impose l'image d'une star, avec ses tenues extravagantes, ses faux cils immenses, ses coiffures excentriques, ses maquillages soutenus et ses amours adultères qui font scandale : sa liaison avec un acteur marié, Corrado Pani, dont elle aura un fils, provoque la censure des télévisions publiques. En 1963, Mina est interdite d'antenne pour quelques années mais le succès de ses disques et la pression de la foule parviennent à lever cet ignoble ostracisme. Adulée pour son pouvoir de séduction, elle transforme son image au cours des décennies suivante. La féministe indépendante devient tour à tour vamp, femme fatale, créature androgyne, monstre libertin. Bien qu'installée à Lugano à partir de 1966, ville où elle réside encore aujourd'hui (Mina obtient même la nationalité suisse en décembre 1990), la "tigresse de Crémone", comme on la surnomme, a su forger son propre mythe et devenir le symbole de la grande chanson italienne.
Ses plus grands tubes datent des années 1969-1978, de
Non credere à
Ancora, ancora, ancora, en par
E poi,
Adagio,
L'importante è finire où la voix acquiert une densité rare, une force déchirante. Elle s'entoure des plus grands paroliers (Cristiano Malgioglio en tête) et collabore avec le gratin des "cantautori' (chanteurs-compositeurs) de la seconde moitié du XXe siècle (Lucio Battisti, Adriano Celentano, Riccardo Cocciante ou Lucio Dalla) qui écrivent pour elles des refrains aux mélodies développés, dramatiques, tout en contraste, permettant une excellente mise en valeur de tous les registres de sa voix.
A la fin des années 70, Mina acquiert une certaine renommée internationale qui la pousse à reprendre ses grands titres en anglais, français, allemand, portugais et même en turc et en japonais. Franck Sinatra souhaite lancer sa carrière dans le show business américain, mais de graves problèmes d’anorexie l’incitent à annuler ce projet. A la surprise générale, Mina donne son dernier concert le 23 août 1978, puis se retire définitivement de la scène, ne pouvant supporter les retombées de la gloire. Bien qu’étant apparue dans de nombreux films, elle décline à la même époque le rôle principal que Fellini lui propose dans
Il viaggio di G. Mastorna. Du coup, le film ne verra jamais le jour.
Mina continue néanmoins à enregistrer chaque année un double album de 1979 à 1995. A partir de 1996, alors que la voix est en net déclin, sa production discographique se diversifie. Elle reprend les chansons de groupes et de chanteurs qu’elle affectionne particulièrement (les Beatles, Sinatra, Renato Zero ou Domenico Modugno, le père de la célèbre chanson Volare) et s’oriente vers des genres plus spécifiques (la musique religieuse, la chanson napolitaine), partie de son œuvre la moins intéressante. De 1992 à 2003, plusieurs de ses disques ont été produits par son fils Massimiliano Pani dont on regrettera dans certains cas la banalité de la production. Mina connaît un succès planétaire en 2003 et 2004 en prêtant sa voix aux publicités que Fiat réalise pour la Stilo et la Panda. En 50 ans de carrière, 2004 est la seule année où Mina n’a pas enregistré de chanson nouvelle et celle où paraît son triple best of (The Platinum Collection) qui continue à être en tête des ventes en Italie. Son album le plus vendu reste cependant Mina Celentano (1.600.000 exemplaires).
Ces derniers temps, Mina écrit régulièrement dans les revues d’opinion et les pages des grands quotidiens italiens (La Stampa) et répond à ses nombreux fans dans l’hebdomadaire Vanity Fair. Elle s’est mariée en juin 2006 avec le cardiologue Eugène Quaini après 25 ans de vie commune. Son nouvel album, Todovia (2007), une série de reprises en espagnol, a été plusieurs semaines numéro un en Italie. Sa force de conviction est restée intacte.
J’ai découvert Mina il y a quelques années, à Venise, grâce à ma nièce Isabelle qui est complètement fascinée par sa musique. Elle possède toute sa discographie officielle ainsi que de nombreux pirates. Grâce à la numérisation de la musique, j’ai pu bénéficier de ses 2000 fichiers MP3... Je n’avais jamais entendu parler de l’artiste, totalement inconnue en dehors de l’Italie, ce qu’aucun Italien n’a jamais réussi à comprendre.
Le site officiel de Mina comprends de nombreux documents d'archives : http://www.minamazzini.com/. Il est évidemment impossible de citer ses meilleurs morceaux de Mina ici. Voici toutefois une sélection de dix chansons, qui font partie du saint des saints de ma "Minantologia" personnelle.
a. Deux chefs-d'oeuvre de la période glamour :
E se domani, 1966
E poi, en 1974
Adagio, 1972
La mente torna" en 1972
Insieme
Fiume azzuro
Non credere, en 1969 à "La domenica è un'altra cosa"
"
La musica è finita, 1968
L'immensità