Une petite perle dans le paysage cinématographique israélien : La Visite de la fanfare, premier long métrage d’Eran Kolirin au scénario minimaliste. Afin d’inaugurer le centre culturel arabe de Petah Tiqva (en Israël), la fanfare de la police d’Alexandrie débarquent à l’aéroport de Tel-Aviv, vêtue de son uniforme bleu ciel, les épaulettes alignées au cordeau. Aucune délégation n’attend ces huit musiciens à l’aéroport, un manque de coordination de services administratifs sans doute. Sous la conduite de leur chef, l’autoritaire Tewfiq (Sasson Gabai) qui a des petits airs d’Omar Sharif, les musiciens estiment important de remplir leur mission en grande pompe (d’autant que les subventions allouées en dépendent) et comptent se rendre à Petah Tiqva. Une mauvaise prononciation de l’hébreu les mène pourtant à Beit Hatikva, bled perdu au milieu des sables qui vit de la répétition ennuyeuse d’un quotidien sans surprise. Trop tard pour faire marche arrière, il n’y a plus de bus avant le lendemain, et naturellement aucun hôtel sur place comme le leur apprend Dina, Israélienne d’une quarantaine d’année qui tient le café local. Dina propose l’hospitalité à Tewfiq et Khaled, le bellâtre de la fanfare, et parvient à caser les six autres musiciens chez des amis ou parents israéliens plus ou moins consentants.Qui êtes-vous ?
- Stéphane DADO
- Liège, Belgium
- Né à Bruxelles dans une famille d'origine grecque, turque, albanaise et bulgare. Etudes secondaires gréco-latines. Licence en Histoire de l'art, Archéologie et Musicologie de l'Université de Liège. Lauréat de la Fondation belge de la Vocation. Ancien journaliste à La Libre Belgique et La Gazette de Liège. Actuellement chargé de mission à l'Orchestre Philharmonique de Liège-Wallonie-Bruxelles. Artiste plasticien, esthète, apolitique, athée et anticlérical.
jeudi 19 juin 2008
La Visite de la fanfare
Une petite perle dans le paysage cinématographique israélien : La Visite de la fanfare, premier long métrage d’Eran Kolirin au scénario minimaliste. Afin d’inaugurer le centre culturel arabe de Petah Tiqva (en Israël), la fanfare de la police d’Alexandrie débarquent à l’aéroport de Tel-Aviv, vêtue de son uniforme bleu ciel, les épaulettes alignées au cordeau. Aucune délégation n’attend ces huit musiciens à l’aéroport, un manque de coordination de services administratifs sans doute. Sous la conduite de leur chef, l’autoritaire Tewfiq (Sasson Gabai) qui a des petits airs d’Omar Sharif, les musiciens estiment important de remplir leur mission en grande pompe (d’autant que les subventions allouées en dépendent) et comptent se rendre à Petah Tiqva. Une mauvaise prononciation de l’hébreu les mène pourtant à Beit Hatikva, bled perdu au milieu des sables qui vit de la répétition ennuyeuse d’un quotidien sans surprise. Trop tard pour faire marche arrière, il n’y a plus de bus avant le lendemain, et naturellement aucun hôtel sur place comme le leur apprend Dina, Israélienne d’une quarantaine d’année qui tient le café local. Dina propose l’hospitalité à Tewfiq et Khaled, le bellâtre de la fanfare, et parvient à caser les six autres musiciens chez des amis ou parents israéliens plus ou moins consentants.mardi 17 juin 2008
Ostende, la reine des plages
Je suis régulièrement retourné depuis, pour admirer à chaque fois la magnifique colonnade des thermes, magnifiée dans les aquarelles symbolistes de Spilliaert ou pour voir les vieilles boutiques d'antiquaires à l'exemple de celle que tenaient les parents de James Ensor. Chez un antiquaire, nous dénichons une très belle xylographie du graveur flamand Frans Masereel (que Stefan Zweig admirait particulièrement). Les longues promenades sur la plage ou la digue sont de bonnes occasions pour nous adonner à la photographie!
lundi 16 juin 2008
Souvenirs d'Ephèse
Juillet 1993. Deuxième voyage en Turquie. Découverte de la côte ionienne aux côtés de ma mère. Nous ne parlons pas un mot de turc mais l'aventure est totale. Je tiens des carnets de route. Je retombe aujourd'hui sur l'un deux et me rappelle des souvenirs, des lieux et des visages oubliés, je retrouve quelques croquis d'églises en Cappadoce, quelques poèmes écrits les soirs de mélancolie.Dont ces lignes sur Ephèse que je relis avec nostalgie.
Usurpée, cette terre de nos ancêtres s'est vengée.
Ce pays s'est fait aussi dur que le silence.
Il serre dans la lumière ses vignes,
Et ses oliviers sont orphelins.
Les mamelles d'Artémis se sont flétries,
Fendues comme les sillons des dalles embrasées.
Jean devait combattre le paganisme.
Les missionnaires d'un faux dieu ont triomphé de lui.
Cette patrie blasphémée serre les dents.
Il n'y a plus d'eau. Seulement de la lumière.
Des torrents de lumière qui aveuglent la raison.
Les sept dormants sommeillent à jamais,
Sous le marbre, unique ombre de leurs enclos.
samedi 14 juin 2008
Quand l'ordinateur décrypte vos pensées
Saviez-vous que l'ordinateur peut lire les chiffres de vos pensées... Pour vous en convaincre, cliquez ici :http://www.k-netweb.net/projects/mindreader/
Une fois l'exercice effectué, lisez la suite pour comprendre le fonctionnement mathématique de ce jeu.
Si l'on pense à un chiffre de 1 à 9 et qu'on le soustrait à lui-même, dans les neuf cas le résultat sera égal à zéro... Pas très sorcier comme calcul, mais ce qui nous a mis la puce à l'oreille, c'est que d'office pour chacun des neufs chiffres on tombe toujours sur ce même zéro après soustraction, et donc sur le même symbole, prenons par exemple le symbole £ pour nos prochains exemples.
Et si cela fonctionnait pour les dizaines suivantes? En faisant le calcul pour les nombres de 10 à 19, chaque soustraction donne cette fois le chiffre 9 : ex : 19 - 9 - 1 = 9 tout comme 13 - 3 -1 = 9. Comme par hasard ce chiffre neuf est lui aussi affublé du symbole £. L'exercice marche également pour les dizaines suivantes, pour chaque nombre, nous tombons sur un multiple de 9 compris entre 9 et 81... Et bien évidemment chacun de ces multiples est associé au symbole £. Pas si sorcier que ça en fin de compte...
vendredi 13 juin 2008
Bremen et Anderszewski : la perfection beethovénienne
Le Premier Concerto pour piano fraîchement paru chez Virgin, avec Piotr Anderszewski au piano et à la direction, confirme toutes les qualités énoncées. Qui plus est, le pianiste y est d'une élégance exemplaire : Anderszewski évite les maniérismes narcissiques et poseurs qu'on peut lui reprocher par exemple dans ses Chopin, son jeu s'avère éminemment poétique et tendre, lyrique à souhait (l'aria du largo central est à pleurer), racé et électrique dans les mouvements vifs.
En ouverture, les Six Bagatelles de l'op. 126, contemporaines de la 9e Symphonie, des miniatures dont Anderszewski restitue tout le côté visionnaire, curieusement proche des élans fugitifs et fantomatiques d'un Schumann.
jeudi 12 juin 2008
Le site des cantates de Bach
Les musicologues comme les amoureux de la musique vocale de Johann Sebastian Bach trouveront leur bonheur sur LE site de référence consacré, comme son nom l'indique, à l'ensemble des cantates du cantor de Leipzig :http://www.bach-cantatas.com/
Malgré une présentation désuète, laide et austère ("protestante" diraient les mauvaises langues), ce site fournit une mine de renseignements majeurs : à commencer par l'intégralité des textes allemands de chaque cantate, la traduction de la plupart d'entre elles, des indications sur l'auteur de ces textes. Très utile également, la mise à disposition en format pdf de l'intégrale des partitions (sous format piano-chant), les nombreux commentaires musicologiques, la bibliographie, la discographie de chaque cantate.
On appréciera aussi les diverses classifications proposées, à commencer par ce tableau qui regroupe les cantates par types de voix (ex. les cantates pour basse seule, celles pour soprano et ténor, celles pour alto, ténor et basse encore pour les cantates pour choeur seul...). Très louable aussi cette rubrique qui indique la source de toutes les mélodies de choral utilisées par Bach ! Etonnants encore l'entrée qui regroupe l'essentiel des transcriptions et arrangements effectués à partir des cantates de Bach, l'agenda des concerts établi pour chaque cantate, le programme fourni pour tous les festivals Bach du monde (dont l'excellent Festival Bach en Vallée Mosane de Philippe Pierlot à Liège!), la grille de correspondances entre les cantates et le calendrier luthérien contemporain, la partie iconographique, les liens internet et encore bien d'autres informations. Un travail colossal, à la mesure du maître allemand.
Comme si les cantates ne suffisaient pas, le site est en train de s'élargir aux autres oeuvres vocales et instrumentales de Bach, offrant là encore un maximum de renseignements précieux.
mercredi 11 juin 2008
Nicolas Christou, un Grec d'Alexandrie
J'ai eu le très grand plaisir de passer deux heures en compagnie du baryton-basse Nicolas Christou, professeur de chant au Conservatoire de Liège. Elève du grand Frédéric Anspach à Bruxelles, il entame sa carrière à 21 ans au Théâtre de la Monnaie - scène prestigieuse où il incarnera Figaro, Golaud, Don Giovanni, Boris Godounov, Philippe II, Wotan, Jochanaan, Falstaff, Don Alfonso (ce dernier aux côtés d'Armin Jordan en 1976 qui lui a proposé de venir à Bâle!) - rôles qu'il reprendra par la suite sur les plus grandes scènes internationales, notamment en Allemagne, avant de se consacrer à la pédagogie.Fidèle lecteur de ce blog, Nicolas Christou est issu d'une famille grecque d'Alexandrie, ville cosmopolite où il a passé les dix premières années de sa vie, après quoi ses parents s'installèrent huit ans au Congo et quelques mois à Athènes avant son arrivée en Belgique. Amoureux de la culture hellénique, Nicolas Christou a souhaité partager quelques souvenirs de jeunesse, à la source de notre rencontre ce mardi.
Son amour pour le chant lui est venu en Egypte. A Alexandrie, son père qui tenait un négoce de tissus de luxe très convoités par la bourgeoisie grecque pour la confection sur mesure de costumes de qualité, était un fervent amateur de musique. Il allait régulièrement écouter avec son rejeton les grandes voix grecques de l'époque, à commencer par Sophia Vembo et Nikos Gournakis - sorte de Tino Rossi grec durant les années50 - qu'ils appréciaient tout particulièrement (Nicolas Christou m'a montré une très belle photo de son père aux côtés de Gournakis dans une taverne de la ville). L'influence de ces artistes majeurs aura été déterminante dans l'orientation professionnelle du baryton. Cinquante ans plus tard, l'écoute de leur musique intense et nostalgique fait ressurgir ce monde cosmopolite entièrement révolu.
Après quelques évocations musicales, nous avons eu l'occasion de parler de littérature, et notamment de Marguerite Yourcenar et de sa traduction (ou, selon moi, sa libre interprétation) de Constantin Cavafy. Comme tous les Alexandrins, Nicolas Christou est fasciné par la poésie de son compatriote, il admire la profondeur de sentiments et la passion, dissimulés derrière une pudeur maladive et une économie des moyens lexicaux. C'est un véritable bonheur de l'entendre parler du poète avec autant d'ardeur.
Nicolas Christou a personnellement connu un autre mythe de la culture grecque, Manos Hadjidakis (l'auteur de la chanson Les Enfants du Pirée, immortalisée par Melina Mercouri dans Jamais le dimanche et qui lui valut un oscar en 1961), le plus grand compositeur grec avec Mikis Theodorakis. Hadjidakis est venu à plusieurs reprises à La Monnaie, à la demande de Maurice Béjart qui était fou de sa musique et réalisa une chorégraphie pour son Ballet du XXe siècle sur Les Oiseaux (partition inspirée par la pièce d'Aristophane). Nicolas Christou se souvient que lorsqu'il mit en scène La Traviata, Béjart souhaitait que la direction musicale revienne au compositeur grec, également chef d'orchestre (il a exercé cette fonction à l'Orchestre de l'Etat d'Athènes, à l'Opéra National et à la Radio Nationale grecque). A l'occasion de ses visites bruxelloises, Hadjidakis était régulièrement reçu par Nicolas Christou dans l'appartement qu'il occupait près de l'église Saint-Michel. Fin gourmet, le chanteur se rappelle lui avoir préparé pendant des heures une spécialité culinaire grecque assez roborative, du lapin au vin rouge, que Hadjidakis refusa de manger, à regret, à cause de son diabète...
L'anecdote fut l'occasion d'évoquer avec Nicholas Christou la gastronomie grecque (le lien le plus tangible avec ses souvenirs de jeunesse) que lui et son épouse préparent avec le plus grand soin. Nous nous sommes promis de déguster ensemble quelques mets nationaux au retour des vacances.
mardi 10 juin 2008
Manifestation pour la hausse du pouvoir d'achat à Liège
Entre 15.000 et 20.000 travailleurs ont défilé ce lundi à Liège contre la baisse du pouvoir d'achat à l'initiative des syndicats socialistes et chrétiens. Le cortège, plutôt bon enfant, passait par le boulevard Piercot, longeant à coups de sifflets et de pétards, la Salle Philharmonique. Irrésistible... Il m'a semblé important, à titre symbolique et en toute neutralité idéologique, de marcher quelques minutes aux côtés des manifestants, les problèmes sociaux qu'ils ont dénoncés sont cruciaux et dépassent le cadre des clivages politiques traditionnels : l'index en Belgique ne parvient pas à rattraper l'inflation, situation qui devient intolérable pour les petits salaires, à la limite du seuil de pauvreté ; la flambée de l'immobilier contraint une famille à s'endetter entre 30 et 40 ans avant d'acquérir un logement ; les pensions de retraite sont les plus basses d'Europe, à quand également l'équité des salaires entre hommes et femmes qui mettrait un terme à une discrimination d'un autre âge? Relever les salaires nets les plus bas est une nécessité absolue. Il est temps effectivement que les dirigeants politiques (tous partis confrondus) soient enfin à l'écoute des citoyens, qu'ils réalisent la détresse dans laquelle vivent les plus défavorisés (détresse qui touche petit à petit les moyens salaires), qu'ils prennent à bras-le-corps un ensemble de problèmes qui nous concernent tous.Ce reportage sur RTC Liège donne le ton : http://www.rtc.be/content/view/5301/166/
lundi 9 juin 2008
Einstein : pensées et aphorismes
samedi 7 juin 2008
Un Rossini pop-kitsch-schizo
Les amateurs de Rossini doivent impérativement acquérir le DVD de la superbe Pietra del paragone filmée en 2007 au Théâtre du Châtelet. Il y a au minimum trois bonnes raisons pour découvrir ce melodramma giocoso.Premièrement, la musique (composée pour Milan, en 1812). Celle d'un Rossini de vingt ans d'une fraîcheur grisante tant chaque moment de la partition est inventif, survolté et servi par une orchestration délicieusement subtile, faite de petites touches de couleurs, ici une phrase de cor, là un hautbois, ailleurs un solo de clarinette, le tout est d'une rare fraîcheur. Côté chant, les lignes vocales fusent avec spontanéité, elles sont graciles, parées d'ornementations ciselées comme des arabesques. On est loin des roulades interminables de la période napolitaine. On comprend pourquoi dans sa Vie de Rossini, Stendhal considère La Pietra comme le meilleur ouvrage bouffe du maître, sans parler du livret extrêmement inventif bien qu'un peu tordu de Luigi Romanelli où un microcosme de parasites et de scribouillards vaniteux est vivement égratigné.
Deuxièmement, l'interprétation. Jean-Cristophe Spinosi a déjà démontré qu'il est un maître insurpassable dans Vivaldi (cf. les enregistrements exceptionnels de La Verità in cimento, Griselda et Orlando furioso), il prouve ici qu'il est aussi un rossinien de premier plan. Dans cette "Pierre de touche" sans pareil, il fouette, électrise, pousse aux limites des possibilités physiques l'Ensemble Matheus. On entend enfin un Rossini où l'orchestre n'est pas un faire-valoir, un orchestre qui vit, rayonne (merci les instruments anciens), brûle la chandelle par les deux bouts. Rien à voir avec les Rossini old fashion d'Alberto Zedda, aussi ennuyeux au disque qu'à la scène (le DVD de sa Pietra del paragone enregistrée à Pesaro en 2006 est mortel, malgré un casting de rêve). En outre, Spinosi architecture de manière remarquable. Chaque "pezzo chiuso" de l'oeuvre - cette structure quadripartite utilisée pour tout air ou tout ensemble - est construit idéalement : les parties lentes et lyriques se distillent dans l'air comme un parfum précieux, enivrantes mais sans le moindre statisme capiteux ; les parties rapides s'amorcent dans des tempi idéaux, vifs quand il le faut, bouillonnants lorsqu'on s'y attend le moins, sans la moindre sécheresse. Les fameux crescendos rossiniens sont ici des machines à donner la chair de poule. Charmante sans être exceptionnelle, la troupe de chanteurs est dominée par la basse François Lis et la contralto Sonia Prina au jeu irrésistible et communicatif.Troisièmement, la mise en scène. Giorgio Barberio Corsetti et Pierrick Sorin ont transformé la scène du Châtelet en studio de télévision, les interprètes chantent et jouent devant des caméras qui les filment en permanence. Dans un coin du plateau, un manipulateur installe et désinstalle des maquettes de décors montées sur des roulettes. Ces maquettes sont filmées par d'autres caméras, en gros plan. Les images des chanteurs sont incrustées dans celles des décors puis reprojetées en temps réel sur trois grands écrans mobiles suspendus aux cintres, au dessus des interprètes. Le résultat donne des images kitsch-pop du plus bel effet (y compris sur le petit écran, et c'est bien l'une des rares fois où l'opéra passe aussi bien en télé), des vidéos déroutantes et poétiques qui tiennent chaque aria en haleine. Le caractère un peu schizophrène des doubles plans est du plus bel effet.
vendredi 6 juin 2008
Venise et les "vu comprà", de Donna Leon à la Biennale
Installée à Venise depuis plus de vingt ans, l'écrivaine américaine Donna Leon y situe l'ensemble de ses intrigues policières. Auteure des fameuses enquêtes du Commissaire Brunetti, vendues à des millions d'exemplaires à travers le monde, Donna Leon a trouvé un créneau fructueux en associant de manière réaliste les divers visages de la Venise contemporaine à l'histoire d'une famille mi-aristocratique mi-bourgeoise, celle de Brunetti et sa femme (issue d'une lignée patricienne). La dernière enquête du commissaire, De Sang et d'ébène, n'échappe pas à la règle. Donna Leon se penche ici sur les communautés africaines de Venise, essentiellement des Sénégalais qui vendent à la sauvette des contrefaçons de sacs de marque. Des illégaux installés dans la lagune depuis la fin des années 90. Les Vénitiens les surnomment les "vu comprà", expression hybride qui provient du jargon utilisé par les premiers vendeurs noirs durant leur négoce. Grammaticalement incorrecte, la formulation dérive du "vous" français et du "comprà" italien ("achetez").Dans le roman de Donna Leon, un de ces vendeurs, originaire d'Angola, est retrouvé assassiné au Campo Santo Stefano. Sa mort est liée à un trafic de diamants bruts destiné au financement d'une révolte contre l'état angolais compromis dans un marché illégal avec une compagnie minière italienne. Si l'intrigue est un peu mince, le roman décrit avec force le quotidien de ces sans-papiers qui vivent en circuits fermés dans des squats insalubres du côté de la Via Garibaldi (Castello), tâchant de gagner quelques deniers pour les envoyer au pays. Confrontés à la haine des commerçants vénitiens qui voient en eux une concurrence doublement injuste (les illégaux Africains ne payent aucune taxe, ils vendent à bas prix de faux produits de luxe, au détriment des vrais marques), poursuivis par la police qui se garde pourtant de les mettre en prison - stratégie qui entacherait la logique politique d'extrême-gauche du maire communiste Massimo Cacciari, les "vu comprà" errent individuellement à Venise entre cinq et dix ans, migrant tour à tour vers le Ponte de l'Accademia, le campo Santo Stefano, les abords des églises San Mosè, San Salvatore et Santa Maria del Giglio, en attendant de connaître un sort meilleur...
Le pavillon africain à la Corderie, été 2007
jeudi 5 juin 2008
Quand Carmen force sur le manzanilla
Si la situation fait sourire, on peut toutefois déplorer que des organisateurs de concerts laissent cette artiste monter sur scène dans un état pareil. C'est d'eux qu'il faudrait le plus rire...
mercredi 4 juin 2008
Les natures mortes d'Adriaen Coorte
Les natures mortes du XVIIe hollandais m'ont toujours fasciné : jamais l'homme n'a observé son univers avec autant d'attention, doté incontestablement d'outils scientifiques qui lui permettent de mieux prendre connaissance du monde qui l'entoure. C'est ainsi que la peinture atteint un réalisme d'une précision chirurgicale (y compris dans les détails les plus subtils), le traitement de la lumière y frôle la perfection. A cette qualité picturale, mise à l'honneur au début du XVIIe siècle par les peintres de l'école de Haarlem, Pieter Claesz ou Willem Heda (allez les admirer au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles) puis par les peintres d'Amsterdam (Karel Slabbaert), s'ajoute la beauté du discours philosophique de ces natures mortes, pensées comme des traités imagés sur la brièveté de la vie. Loin d'être mortes ou silencieuses (nature morte se dit "still life" en anglais), certaines compositions grouillent de vie et de chuchotements, habitées par un petit monde d'insectes, principalement des chenilles et des papillons qui rappellent que toute espèce, humaine, végétale, animale est en métamorphose permanente, que chaque mort ouvre la voie à une nouvelle naissance. Les peintures florales de Jan Davidsz de Heem et celles de Willem Van Aelst comptent parmi les réalisations les plus accomplies du genre.
(Van Aelst, Nature morte avec fleurs, 1665)
La Mauritshuis de La Haye présente en ce moment une trentaine de tableaux d'un petit maître injustement oublié, qui est véritablement un géant de la nature morte : Adriaen Coorte. On ne sait pratiquement rien de lui, si ce n'est qu'il a été actif entre 1683 et 1707 à Middelburg, en Zélande. Ses premières oeuvres sont influencées par un peintre d'Amsterdam, Melchior d'Hondecoeter, dont on suppose sans la moindre preuve que Coorte fut l'élève pour avoir copié à ses débuts quelques motifs animaliers. Coorte n'était pas inscrit à la guilde des peintres, ce qui laisse supposer une activité d'autodidacte. Depuis le milieu des années 1950, moment où le peintre est redécouvert par l'historien de l'art Laurens J. Bol, organisateur de la première rétrospective Coorte en 1958 au musée de Dordrechts, une soixantaine d'oeuvres du peintre ont été authentifiées. Le fait que la plupart figuraient dans des collections privées explique la méconnaissance de ce peintre jusqu'alors.
Les natures mortes de Coorte sont réalisées à la peinture à l'huile sur des papiers de petites dimensions, parfois le verso de simples feuilles de compte (!), documents fragiles qui furent plus tardivement collés sur des canevas de bois par ses premiers collectionneurs afin de mieux les protéger. Le peintre privilégie toujours les mêmes sujets : quelques fruits (fraises des bois, pêches, abricots, groseilles), quelques légumes (asperges en botte, artichauts), parfois combinés, souvent représentés individuellement, et, plus rarement, des coquillages précieux assemblés d'après le contraste des formes et de leurs couleurs (cinq de ces dessins ont été réalisés pour un bourgeois de Middelburg, Gerardus Beljard, son unique commanditaire connu à leur actuelle).
Les tableaux du maître se répètent avec une rigueur obsessionnelle : fruits et légumes sont représentés sur le bord d'une table de pierre légèrement fendillée, l'arrière-fond est noir, seul un filet de lumière, d'une force mystique, longe l'extrémité avant de la table. Les fraises des bois et les asperges sont les motifs les plus fréquents. Les premières sont parfois représentées soit dans le même pot en terre cuite, soit dans de jolis bols bleus et blancs en porcelaine Wan-Li importés de Chine par la Compagnie des Indes. Quelques rares papillons brisent la noirceur de l'arrière-plan, ajoutant une tâche de couleur à ces compositions d'une magnifique austérité.
Il se dégage de ces tableaux une douceur et une fragilité à mille lieux des natures mortes virtuoses et parfois grandiloquentes de l'école hollandaise. Les atmosphères de Coorte sont feutrées, silencieuses, l'artiste se contente de créer des images d'une simplicité naturelle, répétées inlassablement comme s'il s'agissait de percer, à la longue, le mystère des choses. Il y a chez lui un avant-goût de Chardin : avec cinquante ans d'avance, Coorte restitue aussi méticuleusement que son cadet la substance des objets. Il partage avec lui cette contemplation de la vie dans le plus pur silence, cette jouissance de l'intimité des choses qui leur donne une valeur pratiquement sacrée.
mardi 3 juin 2008
La Haye, cette belle inconnue
Petite escapade ce week-end à La Haye à l'invitation de mon amie Daisy qui y tient ses quartiers d'été. Comme beaucoup de monde, j'imaginais que La Haye était une ville administrative sans charme, une cité moderne regorgeant de bureaux et de gratte-ciel ennuyeux que les fonctionnaires désertent le week-end. C'est en réalité une des plus belles cités des Pays-Bas, injustement méconnue du grand public. Le centre historique est conçu autour du Binnenhof et du Buitenhof, un magnifique ensemble de bâtiments administratifs remontant pour certains au XIIIe siècle, qui jouxtent le Hofvijver (l'étang de la cour) et abritent les Etats-Généraux des Pays-Bas (la Chambre et le Sénat).A proximité, on peut admirer de belles architectures bourgeoises de la Renaissance (l'ancien Hôtel de Ville) et de l'époque baroque, notamment la Mauritshuis qui renferme une superbe collection de peintures (La Leçon d'anatomie de Rembrant, la Jeune fille à la perle et la Vue de Delft de Vermeer). Les quartiers construits autour de ce centre historique datent pour la plupart de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Architecture éclectique, (le palais de la paix néo-Renaissance qui abrite la célèbre Cour Internationale de Justice), art nouveau, constructions de l'école d'Amsterdam (avec ses briques colorées et ses sculptures décoratives), modernisme des années 20 et 30 (proche du courant De Stijl) et art déco s'interprénètrent harmonieusement tout le long des rues et avenues.

De belles constructions contemporaines avoisinent également la gare et plus rarement le centre ville : le superbe nouvel Hôtel de Ville de Richard Meyer (tout en blanc) vaut à lui seul le détour, tout comme l'Anton Philips Zaal, l'une des salles de concerts les plus importantes de la ville, ou le tram souterrain et son formidable sol en marqueterie.
L'eau est également omniprésente : quelques canaux évoquent Amsterdam (sans l'agitation et la foule de la capitale) et, à quelques stations de tram du centre, apparaît la mer avec ses longues plages de sable, ses kilomètres de dunes (où l'on perçoit d'anciens bunkers de la Seconde Guerre mondiale) et son port de Scheveningen (la seule zone réellement industrielle de la ville).
De nombreux parcs, espaces verts, étangs, jardins, sans compter les arbustes qui poussent le long des façades, les fenêtres parées de fleurs, transforment la cité en un véritable écrin de nature. Curieusement, il n'y a pas de touristes à La Haye, ce qui donne à la cité une authenticité et un cachet incomparables, le tout complété par une qualité de vie optimale (propreté irréprochable, population calme et très avenante) et de structures urbaines très développées (réseau de transports en commun remarquable, offre culturelle très riche, services écologiques multiples). Et que dire de la panoplie de bons restaurants indonésiens, japonais, exotiques, végétariens qui rendent tout séjour précieux.
Si vous avez l'occasion d'y passer un week-end, ne manquez pas de descendre au fameux Hôtel des Indes, ancienne demeure citadine du Baron van Brienen, conseiller personnel du roi William III, qui, en 1881, fut vendu et transformé en un élégant hôtel lorsque les Pays-Bas perdirent définitivement les comptoirs de la fameuse Compagnie des Indes. L'Hôtel des Indes est à deux pas du musée Maurits Cornelis Escher, peintre et graveur néerlandais célèbre pour ses architectures impossibles, ses travaux sur la métamorphose et ses explorations de l'infini.
vendredi 30 mai 2008
Harry Potter, une histoire gay?
jeudi 29 mai 2008
Des femmes au Mont Athos
Pour la première fois depuis mille ans, quatre femmes ont pénétré dans le sanctuaire des monastères du Mont Athos, en Grèce du Nord. Il s'agit d'immigrées clandestines moldaves arrivées sur la "montagne magique" par hasard sans savoir que ce haut-lieu de l'orthodoxie (le dernier bastion d'un mode de vie apparu au IIe siècle et quasi disparu, l'érémitisme, représenté notamment par la communauté cénobitique) était interdit aux femmes comme aux femelles de quelque espèce que ce soit (à l'exception des poules dont les œufs frais sont utilisés en cuisine et pour la fabrication des peintures d'icônes, et des chattes).Les quatre femmes ont été placées en détention au poste de police de la péninsule. Comme beaucoup de migrants qui souhaitent gagner l'Union européenne en passant par la Grèce, elles quitté la côte turque à bord du bateau à moteur de deux passeurs Ukrainiens qui les ont laissés au Mont Athos (accessible seuleument par la mer), après avoir payé 4000 euros chacun pour gagner le port turc de Çanakkale, dans le détroit des Dardanelles.
Le Mont Athos est un territoire autonome qui abrite vingt monastères chrétiens orthodoxes, le plus ancien datant du Xe siècle. Jacques Lacarrière a relaté dans L'été grec son expérience passionnante auprès des moines athoniens au début des années 50. L'interdiction de la présence femelle est inscrite dans la Constitution grecque et l'enfreindre est passible d'un an de prison. D'autres coutumes d'un autre âge subsistent dans ce haut lieu sacré : le port de la barbe est obligatoire, il est interdit de montrer la moindre parcelle de son corps, les miroirs sont strictements prohibés.
La rumeur veut que des femmes habillées en hommes se soient introduites au Mont Athos par le passé afin de braver l'interdit. Plusieurs organisations féministes militent aujourd'hui pour la levée de cette acte scandaleusement sexiste.
mercredi 28 mai 2008
Quelques réflexions sur le Reine Elisabeth
Le Concours Reine Elisabeth 2008 a désigné samedi soir ses lauréats. Considéré par l'ensemble des médias comme l'événement musical classique de l'année, la manifestation inspire plusieurs réflexions.D'abord, est-il réellement nécessaire d'avoir des concours pour repérer les talents de demain? A l'instar d'Isabelle Druet, les grands interprètes n'ont pas vraiment besoin de compétitions pour faire carrière. Les Repin, Znaider, Lemieux, Khatchatriyan, Braley, Ivanov, Mangova, autrement dit, tous les grands lauréats révélés par le Concours ces dernières années, s'y sont risqués moins par souci de se faire connaître que besoin de s'auto-évaluer, leur carrière respective, tant au disque qu'au concert, avait il faut le rappeler, déjà pris l'essor professionnel qu'ils méritaient. Un nombre important d'artistes ne supporte pas l'idée de se présenter devant un jury ; seule importe la relation avec le public, seul juge compétent en la matière.
Pour ceux qui malgré tout s'y essayent, le Concours est une arme à double tranchant. Projetés sur le devant de la scène avant même d'avoir terminé leur cursus, certains lauréats sont contraints d'enchaîner des concerts qui ne leur laisse plus la place à l'étude. Le travail d'un soliste (ou d'un chef) est un apprentissage de toute une vie, il nécessite beaucoup de rigueur et doit s'opérer de manière progressive pour éviter de se brûler les ailes, rigueur que ces lauréats plus fragiles, souvent exploités par des agents sans scrupule, n'ont pas. A part les quelques grands noms cités plus haut, qui se souvient des Jacob Will, Evgueni Bouchkov, Erez Ozer, Stephen Prutsman, Brian Ganz, Reginaldo Pinheiro, Thierry Félix, Yahoi Toda, Ana Camelia Stefanescu, Ning An, When-Yu Shen, Iwona Sobotka, Sofia Jaffé, etc., dont certains furent 1e et 2e lauréats du Concours.
Dirigé par une équipe attachante de professionnels sincèrement passionnés par la musique et par les jeunes artistes, le Reine Elisabeth se targue de vouloir faire connaître la musique classique au plus grand nombre. L'idéal est on ne peut plus louable d'autant que les grandes institutions publiques comme l'ONB, le TRM, l'ORCW ou l'OPL sont associées avec soin au projet. Effectivement, sans le Concours, des milliers de spectateurs n'auraient sans doute jamais entendu parler de Bach, Beethoven ou de Verdi. Est-il pour autant représentatif de ce qu'est le concert classique? Rien n'est moins sûr. La construction même des soirées de finale, avec ses programmes interminables conçus sans la moindre cohérence artistique frôlent pour le véritable amateur le supplice. Il ne viendrait jamais à l'idée d'un organisateur de concert de proposer à son public la réplique de telles soirées, il n'y aurait personne dans sa salle. Qui plus est, si vous demandez à un jeune chanteur d'interpréter à la fois un oratorio de Haendel, une mélodie de Schubert, air de Mozart et une roucoulade de Donizetti, c'est méconnaître totalement le travail, la physionomie et la psychologie des artistes. Les changements de climats musicaux, de langues, de genres nécessitent du temps, une bonne préparation mentale, un ménagement physique. Il est dès lors tout simplement impossible d'imaginer qu'en une seule soirée de jeunes artistes parviennent à enfiler avec tout le sérieux professionnel qui s'impose la cascade de genres imposée par le Concours. Les grands moments de musique existent, bien sûr, lors desquels les solistes se donnent corps et âme, mais ils sont plutôt rares.
Certains artistes refusent de se présenter au concours car il leur paraît tout simplement impossible de faire de la musique correctement : ils aiment construire minutieusement leurs récitals, le concours ne leur permet pas d'installer le moindre climat poétique, sans parler de la durée éprouvante des épreuves qui les amènerait forcément à ne pas être en forme tous les jours (les musiciens ne sont pas des machines, il convient de ne pas l'oublier...). Sans parler non plus de la prédilection plus ou moins consciente du jury pour l'art opératique au détriment du Lied ou de l'oratorio qu'affectionnent davantage certains candidats. La presse musicale belge l'a judicieusement souligné à diverses reprises.
Qu'est-ce qui justifie dans ce cas le succès médiatique et populaire du Reine Elisabeth? :
a. Des raisons commerciales d'abord. Le Concours est, faut-il le rappeler, une entreprise privée qui met tous les moyens nécessaires pour se médiatiser au maximum. Il a comme toute entreprise privée des critères de rentabilité à respecter. Ceci peut expliquer le coût parfois impressionnant des places que le public débourse pour entendre de jeunes inconnus aux finales, alors que les institutions publiques de la Communauté Wallonie-Bruxelles proposent des récitals ou concerts avec les plus grands interprètes d'aujourd'hui à des prix bien plus démocratiques. La sortie du CD du Concours une semaine à peine après la fin de celui-ci (une performance!) est une manière habile (et rentable) de surfer sur la vague commerciale de ce succès médiatique. Une question m’interpelle face à cette mobilisation médiatique : est-il pertinent que des moyens publics colossaux soient mis en œuvre par la presse écrite et la télé pour la valorisation d’une manifestation commerciale au détriment de la visibilité des institutions culturelles publiques pour lesquelles ces mêmes médias décrètent qu’ils n’ont plus de moyens ?
b. Des raisons extra-musicales ensuite à commencer par le caractère sportif de la manifestation. Le concours permet de flatter le goût d'un certain public pour la compétition, les palmarès, les classements, les pronostics. Le concours est une machine à rêve qui engendre des dieux du stade d'un genre nouveau. Point n'est besoin pour ce public de connaître leurs qualités réelles, point n'est besoin non plus d'avoir une connaissance élémentaire du répertoire, de savoir si la performance est digne d'un concert classique traditionnel ou d'une maison d'opéra. Seule la proclamation du jury suffit à légitimer le niveau d'excellence des vainqueurs, célébrés comme des héros à part entière, peu importe leur qualité réelle. Ces palmarès me semblent inutiles et injustes car comment comparer l'incomparable ? Un pianiste qui exécute admirablement le Premier Concerto de Mendelssohn est-il meilleur artiste que celui qui joue très bien un Premier Concerto de Brahms, partition autrement plus redoutable? Une telle confrontation n'a pas de sens. Et c'est encore plus vrai dans le chant. Comment distinguer les qualités d'une mezzo-soprano qui interprète des Lieder de Mahler de celles d'un ténor qui se lance dans le monde passionné de l'opéra verdien. Il faut aimer en réalité l'un et l'autre et pas l'un au détriment de l'autre. La musique est un univers qui fédère les talents, elle ne peut les diviser ou les exclure. Et que dire de ces jeunes artistes qui font des merveilles aux éliminatoires ou aux demi-finales mais qui échouent, épuisés à la dernière ligne droite. Sont-ils moins bon pour autant? Bien sûr que non. Un Gidon Kremer ne s'est pas retrouvé dans le trio de tête du Concours, cela ne l'a pas empêché de faire une carrière immense par la suite.
Faut-il dès lors garder une certaine distance par rapport à toute forme de concours? Un concours peut-il être considéré comme une manifestation culturelle à part entière ? Le lecteur a suffisamment d'éléments ici pour se forger sa propre opinion. Pour ma part, j'ai une nette préférence pour les concerts de lauréats qui suivent le Reine Elisabeth. L'esprit de compétition n'étant plus de mise, les musiciens sont pleinement au coeur de la musique. C'est sans doute là que réside le véritable intérêt de la manifestation.
mardi 27 mai 2008
Une solidarité nécessaire
L’annonce d’un octroi de 200 millions annuels d’aide au Congo par le gouvernement belge choque une partie de la population si l'on en croit les interventions radiophoniques de certains auditeurs de La Première entendues ce matin. Les chômeurs et les retraités qui bénéficient de revenus modestes crient de toute évidence au scandale considérant que cette manne leur revient davantage.De telles réactions sont inacceptables. Il est indécent de comparer la pauvreté en Belgique à celle qui sévit dans certaines régions du Congo (et d'ailleurs) où la population vit avec moins d’un dollar en poche par jour, où des zones entières sont atteintes par les épidémies et la famine.
La pauvreté et la misère existent chez nous, mais elles doivent être relativisées au regard de la réalité (atroce) que d’autres vivent au quotidien. Il est bel et bien dans les compétences d'un état comme la Belgique d'aider non seulement ses concitoyens mais aussi toute nation touchée par la famine. Cela s'appelle un "devoir d'humanisme".
Par ailleurs, il est toujours dans notre avantage de lutter contre cette pauvreté : notre intervention permet de toute évidence de faire reculer la violence, les guerres, le terrorisme international dont nous pouvons être un jour ou l’autre nous-mêmes les victimes. Cette pauvreté nous concerne donc à plus d'un titre.
vendredi 23 mai 2008
N°1 le jour de votre naissance
http://www.kakophone.com/kakoParade/FR/index.htm
Le 29 mars 1971, c'était Hot Love de T-Rex, en Angleterre, et Je ne veux pas faire la guerre des Poppys, en France. "Faire l'amour, pas la guerre" : une philosophie de vie tout à fait pour moi et que je recommande bien volontiers... D'autres coïcidences?
jeudi 22 mai 2008
Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal
Affirmer qu'Indiana Jones n'a pas pris une ride serait contraire à la réalité. Le 4e volet des aventures du plus célèbres des archéologues, Le Royaume du crâne de cristal, l'un des films les plus attendus de cette année, se déroule en pleine Guerre froide, 19 ans après l'épisode de la Dernière croisade. Jones, qui termine sa carrière de professeur semble avoir perdu quelque peu de sa souplesse et de sa témérité. Et pourtant... Sans rien dévoiler du scénario de cet ultime opus, on peut signaler que cette nouvelle aventure se déroulera une fois encore en famille. Harrison Ford aura désormais les Russes à ses trousses et l'intrigue mènera au coeur d'une ancienne civilisation péruvienne (superbement reconstituée) dont les origines sont directement liées un des dadas récurents de Steven Spielberg, la science-fiction... Pour le reste, énigmes obscures, courses poursuites, souterrains glauques, bestioles répugnantes et trésors fabuleux sont au rendez-vous. Le scenario sent parfois la redite ou la citation gratuite, certaines scènes sont souvent invraisemblables (c'est du reste le propre de Spielberg de faire de l'invraisemblable auquel on a envie de croire), les acteurs ne sont pas toujours très crédibles, mais le plaisir de l'aventure (relativement développée) et la magie du grand spectacle demeurent intacts.http://www.indianajones.com/intl/fr/site/index.html
mercredi 21 mai 2008
Statira : un chef-d'oeuvre de Cavalli enfin au disque
On évoque toujours Francesco Cavalli comme un simple successeur de Claudio Monteverdi, avec une condescendance idiote parfaitement injustifiée. Le Retour d'Ulysse ou Le Couronnement sont incontestablement des chefs-d'oeuvre du XVIIe, il n'empêche, les opéras de Cavalli, écrits de 1639 à 1673, sont tout autant des créations majeures qui égalent et parfois surpassent en inventivité musicale et dramatique les ouvrages de Monteverdi (de récentes théories stipulent d'ailleurs qu'une bonne partie du manuscrit napolitain du Couronnement de Poppée est due à... Cavalli).La discographie cavallienne reste jusqu'à présent limitée. Mise à part les enregistrements de René Jacobs (Giasone, Xerse et surtout une somptueuse Callisto, publiée ensuite en DVD dans l'extraordinaire mise en scène qu'Herbert Wernicke avait imaginée pour la Monnaie de Bruxelles), excepté aussi une Didone passable de Thomas Hengelbrock, c'est le néant. L'Ercole amante de Michel Corboz ; l'Egisto de Hans Ludwig Hirsch, l'Ormindo de Raymond Leppard sont les vestiges inaudibles d'un baroque antédiluvien qui font plus de tort que de bien au compositeur vénitien.
Antonio Florio et la Cappella de'Turchini viennent heureusement à la rescousse de cette discographie anémique, avec une Statira (publiée par Naïve) qui fera date. Créé au Teatro San Giovanni e Paolo de Venise, en 1656, ce 21e opéra sur la quarantaine laissée par Cavalli appartient à la période de maturité du compositeur. Il existe plusieurs manuscrits de l'opéra, en raison de reprises successives, notamment à Naples (un nombre important d'opéras de Cavalli a connu une large diffusion dans cette ville durant le XVIIe). La représentation de Statira donnée à Naples, en février 1666, à l'occasion du couronnement du roi Philippe IV d'Espagne, a servi de base à l'enregistrement de Florio.
Particularité intéressante, lors de la reprise de 1666, Cavalli a adapté son ouvrage aux conventions de l'opéra napolitain : il y ajoute des scènes comiques, des rôles travestis, des parties instrumentales, des arias avec violon obligé qu'on ne trouve pas dans l'original vénitien. Restent en revanche des récitatifs et des airs bien distincts (Cavalli n'utilise plus l'arioso mixte du début de sa carrière). D'une incroyable fraîcheur, les airs sont ornementés avec une finesse extrême et conçus, héritage vénitien oblige, sur des rythmes de danse (irrésistibles).
Dramatiquement parlant, l'histoire, basée sur un livret de Busenello, narre l'union tumultueuse, après maintes péripéties, de la fille du roi perse Darius III - Statira - avec Cloridaspe, roi d'Arabie. Florio et ses chanteurs (Roberta Invernizzi, Dionisia di Vico, Giuseppe de Vittorio, Maria Ercolana, etc.) restituent avec beaucoup de verve et d'élégance la saveur sulfureuse et les drôleries de ce dramma per musica servi par une Cappella qui n'a jamais sonné avec une telle suavité. Une partition dont les beautés sonores, la vivacité théâtrale et les rebondissement narratifs méritent amplement les honneurs de nos scènes contemporaines.
mardi 20 mai 2008
Vanity Fair à la National Portrait Gallery
Vanity Fair. La foire aux vanités. Un nom on ne peut plus approprié pour ce magazine américain glamour qui parle de la mode, de la jet-set, de l'actualité politique et culturelle, matières immancablement voués aux machoires du temps et de l'oubli. Créé en 1913 par Condé Nast (qui fut également le patron de Vogue), Vanity Fair a dans le milieu des magazines fashion la réputation de publier les plus beaux portraits photographique au monde.La superbe rétrospective (150 photos) que propose en ce moment la National Portrait Gallery de Londres fait le point sur cette création. Elle démontre que la photographie de mode a enfin acquis le statut d'oeuvre d'art qui lui a longtemps été refus, qu'elle fait partie de notre histoire culturelle et constitue un fond iconographique primordial pour comprendre l'histoire des mentalités du XXe siècle (certains clichés font d'ailleurs déjà partie de notre inconscient collectif).
De toute évidence, le choix s'est fait à partir de trois critères : ont été retenues, d'une part, les photos qui laissent transparaître pleinement la personnalité de leur modèle (notamment les superbes portraits de Virginia Woolf, Irving Berlin, Igor Stravinsky, Greta Garbo, Sean Connery, Jessye Norman, Nicole Kidman), d'autre part celles signées par des grands noms de l'histoire de l'art (Man Ray, André Kertész, Robert Mapplethorpe), enfin celles des collaborateurs attitrés du magazine dont la griffe artistique est incontestable. Parmi eux, on ne peut manquer de mentionner :
- le Baron de Meyer, premier photographe en chef de Vanity Fair dès 1913 auquel on doit notamment un superbe portrait de Charlie Chaplin, et un de Nijinski;
- Edward Steichen, photographe du magazine durant les années 20 et auteur de merveilleuses photos de Greta Garbo, Anna May Wong, Colette, Isadora Duncan;
- Mario Testino et Harry Benson pour la période contemporaine. Le premier comme portraitiste de Lady Di ou Madonna (en Evita), le second a laissé, entre autres, cette image inoubliable du couple Reagan;
- Last but not least, l'admirable Annie Leibovitz, photographe en chef du magazine depuis 1983, dont les oeuvres extrêmement composées, complexes et néanmoins glamour sont de véritables classiques de la culture américaine contemporaine. Legends of Hollywood (2001, réalisée en trois fois pour une question de disponibilité des actrices) est une des images les plus fortes de cette admirable exposition.
dimanche 18 mai 2008
Le Cantique de Mauthausen
Le Cantique des Cantiques (Aσμα ασμάτων), l'une des plus beaux chants "engagée" de Mikis Theodorakis est conçu à partir du cycle Mauthausen du dramaturge Iakovos Kambanellis, père du théâtre néo-hellénique de l'après-guerre (il est né à Naxos, en 1922). En 1963, Kambanellis écrivit son unique oeuvre en prose Mauthausen, une histoire où il relate son expérience et celle du peuple juif dans ce camp de concentration autrichien où il est emprisonné de 1943 à 1945.
Enregistré en Belgique, en 1985; l'extrait choisi est interprété par la grande Maria Farandouri dont le grain de voix opaque, la pudeur extrême et la douleur intériorisée collent avec les paroles tragiques de la chanson dont je vous livre ma traduction, la plus littérale possible. La concordance des temps peut surprendre dans la phrase "Κανείς δεν ήξερε πως είναι τόσο ωραία" (Personne ne savait qu'elle est si belle). L'emploi de ce passé y est pourtant correct : le narrateur s'écarte de la temporalité du récit et s'adresse directement, à trois reprises, à l'auditeur pour lui déclarer, avec toute la douleur sous-jacente qu'on devine, les qualités physiques de sa compagne disparue.
Τι ωραία που είν’ η αγάπη μου
με το καθημερνό της φόρεμα
κι ένα χτενάκι στα μαλλιά.
Κανείς δεν ήξερε πως είναι τόσο ωραία.
Comme elle est belle, ma bien-aimée
avec son habit de tous les jours
et son petit peigne dans les cheveux.
Personne ne savait qu'elle est si belle.
Κοπέλες του Άουσβιτς,
του Νταχάου κοπέλες,
μην είδατε την αγάπη μου;
Jeunes filles d'Auschwitz
Jeunes filles de Dachau
n'avez-vous pas vu ma bien-aimée ?
Την είδαμε σε μακρινό ταξίδι,
δεν είχε πιά το φόρεμά της
ούτε χτενάκι στα μαλλιά.
Nous l'avons vue lors d'un lointain voyage
Elle ne portait plus son habit
ni son petit peigne dans les cheveux.
Τι ωραία που είν’ η αγάπη μου,
η χαϊδεμένη από τη μάνα της
και τ’ αδελφού της τα φιλιά.
Κανείς δεν ήξερε πως είναι τόσο ωραία.
Comme est belle, ma bien-aimée
Choyée par sa mère
et par les baisers de son frère.
Personne ne savait qu'elle est si belle.
Κοπέλες του Μαουτχάουζεν,
κοπέλες του Μπέλσεν,
μην είδατε την αγάπη μου;
Jeunes filles de Mauthausen
Jeunes filles de Belzec
n'avez-vous pas vu ma bien-aimée ?
Την είδαμε στην παγερή πλατεία
μ’ ένα αριθμό στο άσπρο της το χέρι,
με κίτρινο άστρο στην καρδιά.
Nous l'avons aperçue sur une place gelée
avec un chiffre dans sa main blanche
avec une étoile jaune sur le coeur
Τι ωραία που είν’ η αγάπη μου,
η χαϊδεμένη από τη μάνα της
και τ’ αδελφού της τα φιλιά.
Κανείς δεν ήξερε πως είναι τόσο ωραία.
Comme est belle, ma bien-aimée
Choyée par sa mère
et par les baisers de son frère.
Personne ne savait qu'elle est si belle.
samedi 17 mai 2008
Asimo : les premières images
Le travail musical d'Asimo n'est rien d'autre qu'une démarche ludique et anecdotique qui a eu pour seul avantage la récolte de fonds financiers destinés à l'apprentissage musical des jeunes.
vendredi 16 mai 2008
Ian Fleming For Your Eyes Only
Il y a un siècle, le 28 mai 1908, naissait le romancier britannique Ian Fleming, père du plus célèbre agent secret de Sa Majesté, James Bond. Londres ne pouvait manquer de fêter ce centenaire, proposant jusqu’au 1 mars 2009 au Musée de la guerre impériale une remarquable exposition "For Your Eyes Only : Ian Fleming and James Bond" qui ne séduira pas que les cinéphiles.
L’exposition retrace d’abord la vie de Fleming. Fils d’un député conservateur mort durant la Première Guerre mondiale, élève du prestigieux Eton College (où il brilla surtout dans les disciplines sportives), journaliste à l’agence Reuters (expérience qui influença la concision des phrases de ses romans) avant d’intégrer les services de renseignement de l’armée britannique en 1939. En tant que « planificateur innovant » (il ne sera jamais espion), Fleming obéit aux ordres de l’amiral John Godfrey, qui lui servira de modèle à « M. », le patron de James Bond. Après la guerre Feming travaillera notamment durant une décennie au journal The Times. C’est en 1953 qu’il publie Casino Royale, premier roman bondien d’une série de douze (à laquelle s'ajoute neuf nouvelles) qui prend fin à la mort de l’auteur (en 1964) avec Octopussy And The Living Daylights (édité seulement en 1966). Ses romans se sont vendus à 40 millions d’exemplaires de son vivant, des ventes boostées notamment par le fait que le président Kennedy était un fan de James Bond. Le succès de ses livres permet à Fleming de se retirer dans une maison en Jamaïque qu’il baptisa « Golden Eye ». La première salle de l’exposition en présente le mobilier de bureau.
La suite permet de voir d’autres pièces exceptionnelles : des documents et souvenirs familiaux, des manuscrits et tapuscrits de la série Bond annotés par leur auteur, la bibliothèque de l’écrivain (on y découvre que James Bond emprunte son nom à un ornithologue anglais auteur de Birds of the West Indies, livre très apprécié de Fleming), le manteau porté par Fleming lors du raid de Dieppe en 1942, sa correspondance avec son « impossible » épouse. L’exposition retrace aussi les nombreux parallèles entre l’écrivain et l’agent secret. Ce dernier a beaucoup projeté de lui-même dans l’agent 007. Ses collègues du Times l’ont décrit comme un homme qui aime les voitures de sport, les jolies femmes, les casinos, le golf et le martini. D'autres "modèles" l’ont inspiré, dont son frère, Peter Fleming, écrivain lui aussi et voyageur infatigable en Asie et notamment au Tibet, ou encore une amie proche platoniquement amoureuse de Fleming et qui lui inspirera le personnage de Miss Moneypenny.
Après la partie biographique, on trouve une série d’objets liés aux livres et aux films : les maquettes originales des premières couvertures, les éditions princeps, la plupart des premières traductions, une série de très belles affiches cinématographiques (à l’esthétique souvent sulfureuse), les répliques de gadgets utilisés par 007, voire des objets originaux des films comme le maillot sexy d’Halle Berry dans Die Another Day ou la chemise ensanglantée de Bond dans Casino royale qui clôt l’exposition.
Outre la qualité des pièces, L’exposition a le mérite d’offrir une présentation intelligente, ludique et variée, à l’aide de supports technologiques ingénieux que n’aurait pas reniés Bond lui-même. Rien que pour vos yeux...