Exception faite de Tintin ou Blake et Mortimer, je n'ai jamais été un grand dévoreur de bandes dessinées occidentales. Leur qualité esthétique me laisse souvent indifférent ; je les trouve relativement brouillonnes, simplistes ou vulgaires, pas assez intellos, pas assez poétiques non plus et surtout plastiquement en retard en comparaison des tendances graphiques développées dans l'art contemporain. Quand bien même les codes narratifs de la B.D. occidentale peuvent être originaux et recherché (From Hell de Moore et Campbell), l'imaginaire mis à contribution (les Norbert de Vadot), l'émotion portée à son comble (Maus de Spiegelman), l'inventivité et la qualité artistique d'auteurs du Proche-Orient (Satrapi ou Abirached) et surtout les dessinateurs de mangas japonais (Tezuka, Toriyama, Urasawa, Umezu et Taniguchi) m'intéressent diablement plus. Il y a des exceptions, les Blake et Mortimer en font partie.Qui êtes-vous ?
- Stéphane DADO
- Liège, Belgium
- Né à Bruxelles dans une famille d'origine grecque, turque, albanaise et bulgare. Etudes secondaires gréco-latines. Licence en Histoire de l'art, Archéologie et Musicologie de l'Université de Liège. Lauréat de la Fondation belge de la Vocation. Ancien journaliste à La Libre Belgique et La Gazette de Liège. Actuellement chargé de mission à l'Orchestre Philharmonique de Liège-Wallonie-Bruxelles. Artiste plasticien, esthète, apolitique, athée et anticlérical.
vendredi 11 avril 2008
Blake et Mortimer percent le mystère des origines
Exception faite de Tintin ou Blake et Mortimer, je n'ai jamais été un grand dévoreur de bandes dessinées occidentales. Leur qualité esthétique me laisse souvent indifférent ; je les trouve relativement brouillonnes, simplistes ou vulgaires, pas assez intellos, pas assez poétiques non plus et surtout plastiquement en retard en comparaison des tendances graphiques développées dans l'art contemporain. Quand bien même les codes narratifs de la B.D. occidentale peuvent être originaux et recherché (From Hell de Moore et Campbell), l'imaginaire mis à contribution (les Norbert de Vadot), l'émotion portée à son comble (Maus de Spiegelman), l'inventivité et la qualité artistique d'auteurs du Proche-Orient (Satrapi ou Abirached) et surtout les dessinateurs de mangas japonais (Tezuka, Toriyama, Urasawa, Umezu et Taniguchi) m'intéressent diablement plus. Il y a des exceptions, les Blake et Mortimer en font partie.jeudi 10 avril 2008
Patty Pravo : une bambola de 60 ans
La pop star vénitienne Patty Pravo, de son vrai nom Nicoletta Strambelli, vient de fêter ses 60 ans ce 9 avril. Véritable icône de l'Italie contemporaine, Pravo est pour les Italiens le prototype de l'artiste d'avant-garde contestataire.Il faut dire que son enfance vénitienne y est pour beaucoup. Ses parents fréquentent les personnalités de la ville, à commencer par l'écrivain Ezra Pound et le Cardinal Roncalli (le futur Pape Jean XXIII), des modèles de conservatisme qui l'ennuient. Jeune fille turbulente allergique à l'atmosphère de son pensionnat catholique, elle se sauve à trois reprises optant de son chef, à la fin des années 50, pour un enseignement dans une école publique. En parallèle, elle suit une formation musicale (piano, direction d'orchestre!) au Conservatoire Benedetto Marcello. Indépendante et excentrique, elle aime la compagnie des artistes et passe son temps chez Peggy Guggenheim (en y faisant souvent ses devoirs) aux côtés des artistes de la Biennale.
Souhaitant apprendre l'anglais, elle quitte brutalement Venise pour Londres et se fait engager comme danseuse dans une boîte de Piccadilly. Elle part ensuite pour Rome où elle est engagée au Piper Club, la boîte à la mode décorée par Andy Warhol, haut lieu de la beat italienne. Elle y entame dès 1966 ses débuts comme chanteuse, devenant dans l'imaginaire collectif la "Figlia" ou la "Ragazza del Piper". C'est à ce moment-là qu'elle prend comme nom d'artiste Patty Pravo, une référence volontaire à la Divine Comédie de Dante et à ses "anime prave", les âmes corrompues, perverses de L'Enfer auxquelles elle s'identifie (quant à Patty, le prénom était très à la mode à l’époqueà.
Le disque de ses débuts, Ragazzo triste (Jeune homme triste), obtient un immense succès au point d'être même la première chanson pop transmise sur les ondes de Radio Vatican. Cependant, sa carrière explose en 1968 (Pravo a tout juste 20 ans) avec La bambola (la poupée), un succès planétaire, repris notamment par Sylvie Vartan, où elle clame de sa voix grave et veloutée son refus d'une instrumentalisation des femmes. Le disque se vend dès le début à 9 millions de copies et se trouve en première place dans les palmarès en Italie et en France, en Espagne, au Japon, en France, en Allemagne et en Amérique du Sud.
Dans les années 70, Pravo se tourne vers les chansons des Beatles, de Jacques Brel, Léo Ferré, Lucio Battisti, Vinicius de Moraes et Neil Diamond. Une décennie plus tard, agacée par la pop formatée des années 80 aux antipodes de son goût pour la musique rock, elle part quelques temps aux Etats-Unis et épouse le guitariste américain Jack Johnson (un cas fameux de trigamie : ses deux précédents mariages n'avaient pas été annulés)! Elle revient en Italie aux milieux des années 80, pour se produire entre autres au Festival de San Remo avec une reprise de La bambola dans une tenue orientale dessinée par Versace. Arrêtée pour détention de stupéfiants en 1992 (les détenues qui la virent débarquer dans la prison romaine de Rebibbia entamèrent Ragazzo triste en la voyant), elle part dès sa libération en Chine où à partir de 1994, elle obtient un succès énorme. En 1997, elle reçoit le prix de la Critique au Festival de San Remo. Toujours très présente sur la scène italienne, elle touche un public de trois générations qui lui est très fidèle. Elle vit depuis deux ans à Rome. Son dernier album, Spero che ti piaccia...Pour toi, paru fin 2007, est un superbe hommage à Dalida à l'occasion des 20 ans de sa disparition. Outre les trois chansons ci-dessous, je recommande l'album Gli anni '70 sur Itunes pour découvrir cette voix sombre au vibrato si caractéristique.
Ragazzo triste(1966)
La bambola (1968)
La spada nel cuore (1970)
mercredi 9 avril 2008
La Préhistoire au service d'un nouvel humanisme
Il est des livres qui transforment en profondeur notre pensée. La Nouvelle histoire de l'homme (Perrin, 2005-2007) du paléoanthropologue français Pascal Picq, collègue et collaborateur au Collège de France du très médiatisé Yves Coppens (L'Odyssée de l'espèce), fait partie de ces ouvrages majeurs. Armé des méthodes rigoureuses de l'anthropologie évolutive contemporaine, Picq tente de comprendre ce qu'est l'homme et quel est son avenir en partant de cette perspective en apparence improbable qu'est... la Préhistoire. A l'inverse des créationnistes qui tentent de mettre à profit leurs capacités scientifiques pour démontrer la véracité de leur cosmologie religieuse, le mode d'explication du monde de Picq ne repose sur aucun dogme, seulement sur les quelques vérités révélées par la science. Et de démontrer avec une intelligence extrême comment cette histoire d'avant l'âge de l'écriture a justifié la construction de manipulations, de schémas de pensée corrompus, issus de ce qu'il appelle "l'anthropocentrisme occidental viscéral", et qui sont toujours d'actualité dans les systèmes de représentation de certains scientifiques du XXIe siècle.Picq rappelle par ailleurs que les hommes ne sont pas les seuls êtres vivants à construire des communautés aux rapports sociaux codifiés, autre argument à la source de leur hégémonie : on retrouve chez les chimpanzés des pratiques sociales codifiées propres à chaque clan, clan au sein desquels se modifient et se différencient la place des mâles et des femelles, des jeunes et des aînés. La parenté biologique avec l'animal, la similarité des comportements justifient pour l'auteur la nécessité d'accorder des droits aux bêtes, idée qui nous plonge par exemple au coeur des débats récents sur la question des droits des grands singes, droits courageusement défendus par une poignée de scientifiques éclairés.
A travers ces quelques exemples, on aura compris que Pascal Picq s'oppose à cette Histoire étriquée qui s'arroge le droit de manipuler la Préhistoire à sa guise. Il démontre l'impact de mythes séculaires sur les politiques scientifiques actuelles, il se lève contre une idéologie du progrès consacrée à la domination masculine occidentale par la technologie pour proposer à la place un humanisme (inspiré par Michel Serres), qui part de l'unité des origines pour aboutir à la diversité des cultures et à l'égalité des différents types d'humanité : "Toutes les espèces actuelles sont aussi évoluées que nous, aussi récentes et issues d'une même histoire. Il en est de même pour toutes les cultures humaines ; aucune n'est plus archaïque que l'autre. Une seule population ne peut assurer l'avenir de l'espèce humaine ; aucune culture ne peut prétendre assumer seule l'avenir de l'humanité".
mardi 8 avril 2008
If you could read my mind

On ne se lasse pas d'écouter en boucle If you could read my mind (1970) du Canadien Gordon Lightfoot. Chanteur et guitariste actif en Amérique du Nord dès 1962, Lightfoot a écrit de nombreux succès folk qui ont considérablement influencé l'esthétique de la musique populaire des années 60, notamment Bob Dylan très marqué stylistiquement. If you could read my mind, douloureuse narration en musique du divorce de l'artiste, a fait l'objet de nombreuses reprises dans des genres divers : bluegrass, country, folk, pop, disco ou dance, entre autres par Tori Amos, Glen Campbell, Johnny Cash, Cilla Black, Don McLean, Olivia Newton-John, Barbra Streisand, Viola Wills, Star on 54... Rien que du beau monde.
If you could read my mind love
What a tale my thoughts could tell
Just like an old time movie
'Bout a ghost from a wishin' well
In a castle dark or a fortress strong
With chains upon my feet
You know that ghost is me
And I will never be set free
As long as I'm a ghost that you can't see
If I could read your mind love
What a tale your thoughts could tell
Just like a paperback novel
The kind that drugstores sell
When you reach the part where the heartaches come
The hero would be me
But heroes often fail
And you won't read that book again
Because the ending's just too hard to take
I'd walk away like a movie star
Who gets burned in a three way script
Enter number two
A movie queen to play the scene
Of bringing all the good things out in me
But for now love, let's be real
I never thought I could act this way
And I've got to say that I just don't get it
I don't know where we went wrong
But the feelin's gone
And I just can't get it back
If you could read my mind love
What a tale my thoughts could tell
Just like an old time movie
'Bout a ghost from a wishin' well
In a castle dark or a fortress strong
With chains upon my feet
But stories always end
And if you read between the lines
You'll know that I'm just tryin' to understand
The feelings that you lack
I never thought I could feel this way
And I've got to say that I just don't get it
I don't know where we went wrong
But the feeling's gone
And I just can't get it back
lundi 7 avril 2008
Portrait d'une autre Venise
Parler d'une ville en déversant ses états d'âme et ses impressions nous limite souvent à une approche superficielle. Rien de tel que de s'intégrer au tissu social et de partager l’expérience quotidienne des habitants, réalités qui relativisent la rêverie dilettante du promeneur amoureux. A Venise, la réalité de tous les jours est aux antipodes de ce qu’une ville aussi exceptionnelle laisse imaginer. Les habitants - majoritairement composés de travailleurs dans le monde de la restauration, de l’hôtellerie, des transports maritimes, de la pêche, du tourisme, du verre, de l’artisanat, de la mode, de l’agro-alimentaire - ont des préoccupations bien plus terre à terre. A moins de disposer d’une fortune considérable, ce qui est le cas d’une faible minorité d’industriels issus de l’ancienne aristocratie vénitienne, le quotidien des habitants est loin d’être rose. La hausse considérable des loyers, le coût exorbitant de la vie font de Venise la ville la plus chère d’Italie. La lenteur des déplacements (il faut parfois plus d'une heure pour traverser la ville d'un bout à l'autre et plus d'une heure et demi pour aller à Mestre acheter un produit de première nécessité), la mobilité réduite (un déménagement peut prendre plusieurs semaines), l'envahissement des rues par les touristes en été, les embarras de circulation causés par l'aqua alta, l'impossibilité d'avoir des infrastructures modernes à domicile (tous les immeubles sont classés et donc intouchables) contribuent à rendre la ville plus inhospitalière que jamais. L’approvisionnement peu varié dans les magasins, l’absence d’activités sociales pour les jeunes, la fermeture de services comme les écoles ou les hôpitaux auxquels font désormais place des activités autrement plus rentables comme les fast-foods ou les boutiques de souvenirs entraînent depuis plusieurs années un exode vers la terraferma : la ville ne compte plus que 64.000 habitants contre 180.000 en 1950. Il faut ajouter à ce sombre tableau des phénomènes sociaux plus récents : le développement important d’un trafic de drogue et l'augmentation du nombre de travailleurs clandestins (principalement des illégaux africains et chinois) qui, aux yeux des Vénitiens sont de véritables "privilégiés" exempts des lourdes taxes que doivent payer les habitants.Ces dernières semaines, les sujets de conversations étaient des plus variés. 2008 est considérée par les Vénitiens comme une année noire pour le tourisme. Le Carnaval, tombé très tôt dans la saison, a attiré moins de monde que les autres années. L’euro fort prive la ville d’une grosse partie des touristes américains sans compter que le prix des restaurants et des hôtels atteint des sommets inégalés : une enquête récente du « Codacons » (l'association pour la protection des consommateurs) a montré qu’une nuitée dans une chambre double d’un hôtel 3 étoiles, petit déjeuner compris, revient à 181,48 euros à Venise contre 150,2 à Florence, 101,50 à Milan, 88,38 à Naples ou 75,52 à Bologne ! La même enquête montre que les restaurants de la Sérénissime sont les plus chers d’Italie. Un repas avec une entrée (antipasti), un plat de pâtes (primo), un plat de viande avec légumes (secondo) un café et un litre de vin revient à 55 euros à Venise contre 45 à Florence, 39 à Milan, 35 à Rome et à Bologne, 31 à Naples. Un touriste doit dès lors prévoir un budget minimal de 250 euros par jour s’il compte en plus le coût prohibitif du vaporetto (6 euros pour un trajet d'une heure trente), les entrées aux expositions et musées (entre 10 et 15 euros par manifestation, audioguide et catalogue non compris), le second repas du jour, la boisson ou le café éventuels pris en terrasse (6 euros au minimum). Ces coûts prohibitifs expliquent que les touristes séjournent seulement 2 ou 3 journées à Venise, au lieu de 5 ou 6 jours il y a encore deux ans.
Autre problème, celui de la lagune actuellement contaminée par une concentration importante de dioxine provenant du site industriel voisin de Porto Marghera. La moyenne lagunaire est de 0,121 pictogramme de dioxine par litre, avec des pics allant jusqu'à 0,345 pg à Fusina, taux largement supérieur à la norme de 0,013 pictogramme tolérée. Les vongole et les mollusques pêchés quotidiennement sont également contaminés sans être toxiques pour autant : les scientifiques relèvent 0,5 pg par gramme, quantité bien au dessous de la limite de 4 pg imposée par l'Union européenne. Une telle pollution reste cependant inacceptable aux yeux de la commune qui va faire son possible pour ramener les chiffres à la normale.
Dans les discussions qui divisent la population, il y toujours le projet Mosè, le fameux barrage en cours de construction sur la lagune que les écologistes essayent d'interdire parce qu'il va dénaturer fortement la faune et la flore locale, perturbation de l'écosystème dont l'ensemble des Vénitiens n'a cure compte tenu des dégâts et des incommodités causés aux hommes par l'aqua alta.
Egalement sujet à controverse : la construction du pont que Santiago Calatrava a conçu pour Venise. Quatrième pont à enjamber le Grand Canal, après celui des Scalzi, du Rialto et de l'Accademia, cette construction qui relie la gare de Santa Lucia au terminal des bus de Piazzale Roma est décriée pour sa ligne esthétique futuriste, choquante pour les Vénitiens, majoritairement hostiles à l'architecture contemporaine qui jugent la réalisation inutile compte tenu de l'existence du pont des Scalzi à quelques centaines de mètres de là. Achevé à plus de 80%, le pont de Calatrava comprend des parapets de verre posés sur une structure en pierre d'Istrie. Un dallage central en verre divise le pont en deux, afin de réguler le flux de ceux qui partent vers la gare et de ceux qui en viennent.
Cela fait quelques semaines aussi que la Commune de Venise discute de l'utilité de maintenir un cinéma en plein air sur le Campo San Polo. L'entreprise, vieille de plusieurs décennies, n'attire plus aujourd'hui que quelques rares touristes durant les mois d'été et est largement déficitaire. Un financement de 70.000 euros, sur les 150.000 espérés a été voté in extremis pour sauver l'une des très rares contributions de la ville au 7e art. La Commune espère que les promoteurs trouveront le moyen de créer un nouveau public en 2008. Mise à part les lieux de projections de la Mostra en septembre, il ne reste qu'une seule salle de cinéma active à Venise, le Giorgione, à deux pas de l'église des Santi Apostoli et de la Strada Nova, un cinéma d'art et d'essai qui passe la plupart des blockbusters américains pour survivre, les Vénitiens sont plutôt accros à la location de films en DVD.
Au rayon des nouveautés, Venise a renoué durant les fêtes de Pâques 2008 avec une tradition vieille de 800 ans, suspendue en 1970, après la réforme liturgique qui a suivi le Concile de Vatican II, à savoir la translation de sept reliques de la Passion du Christ, portée en lente procession à l'intérieur de la Basilique San Marco vers l'iconostase de l'autel majeur, aux sons de chants antiphoniques exécutés dans une pénombre totale. Une influence manifeste de l'ancien rituel byzantin sur le culte local dont le charme aura séduit tant les croyants que les incrédules.
Last but not least, cette annonce pour le moins spectaculaire : afin d'éviter que l'aqua alta n'envahisse les palais de Venise à l'avenir, deux entreprises italiennes, Soles (basée à Forlì) et Mattioli (de Padoue) ont présenté la semaine dernière au maire de la ville, le poète communiste Massimo Cacciari - qui fut, entre autres, le librettiste du Prometeo de Luigi Nono - un projet révolutionnaire permettant de soulever les bâtiments historiques menacés par les marées. Cette technologie consiste à couler une plaque de béton sous les fondations d'un bâtiment tout en l'élevant d'un mètre au-dessus du niveau de l'eau et en le renforçant au moyen de poteaux en acier. Le soulèvement se ferait en une dizaine de mois, sept pour l'élévation, trois pour la finition. Le projet coûterait 2.500 euros (plus TVA) par mètre carré pour un édifice de trois ou quatre étages. Il faudra compter 800 euros en plus pour tout étage supplémentaire. Le Palais des Camerlenghi (la cour des comptes de Venise), un superbe édifice Renaissance du XVIe siècle maniériste, aux pieds du pont de Rialto, serait le "cobaye" idéal puisqu'il n'est encadré par aucun bâtiment mitoyen et souffre actuellement d'une constante pénétration des eaux. Son élévation coûterait entre deux et trois millions d'euros. Massimo Cacciari a déclaré dans la presse sa foi en cette technologie tout en précisant que l'argent public ne viendra pas à bout d'une telle entreprise. L'unique possibilité serait d'impliquer les comités privés pour la sauvegarde de Venise. Des moyens financiers qui sont finalement bien peu de choses au regard du patrimoine culturel mondial de la cité. Le futur de Venise est-il assuré pour autant?
dimanche 6 avril 2008
Les alternatives au téléchargement gratuit

En matière de nouvelles technologies, le groupe de rock alternatif Radiohead a toujours eu une longueur d’avance. Après avoir proposé le téléchargement de son dernier album In Rainbows, à un prix que chaque acheteur était libre de fixer (seul 30% des internautes a estimé ne rien de voir payer), Radiohead permet cette fois d’acheter séparément sur Itunes les cinq parties qui composent la chanson Nude (la voix de Thom Yorke, la ligne de basse, la guitare, la percussion et la partie électronique). Par l’intermédiaire de logiciels de mixage payants (Garageband dans le cas d'Apple), l’internaute peut ensuite combiner une ou plusieurs de ces parties à de sons nouveaux. Il produit en conséquence des versions remixées ou des œuvres nouvelles et devient un créateur à part entière.
Cette nouvelle manière de s'approprier la musique aura des conséquences évidente sur l'avenir économique de la musique. Face à la standardisation massive du téléchargement gratuit, le droit d’auteur, on le sait, a tendance à complètement disparaître. Alors qu’ils rechignent à mettre quelques euros dans l’acquisition de disques, les adolescents d’aujourd’hui consacrent un budget important à l'achat d’Ipod, de téléphones portables et d’ordinateurs permettant une écoute partout, à toute occasion, de la musique. La gratuité, déjà de mise dans le cas du podcasting radio ou vidéo, a pour effet le développement de toute une économie marchande des objets qui, à la longue, est en train de devenir la source de rémunération principale des artistes. L’entreprise Nokia sera la première à montrer l’exemple puisqu’elle prévoit de lancer dans les mois qui viennent un téléphone portable qui permettra à chaque acheteur, via son abonnement, d’accéder gratuitement, pendant un an, aux titres de tous les artistes du label Universal. Face à cette offensive sans précédent, Itunes prépare une riposte similaire sur son site. Il est clair que les enjeux économiques liés à l'achat de ces supports sont tels qu’ils incitent stratégiquement à couvrir l’indispensable rémunération des artistes. Le développement de logiciels de mixage et, avec Radiohead, la commercialisation des parties séparées d’une œuvre vont non seulement contribuer à faire de chaque consommateur un artiste en acte mais surtout engranger, par l’achat de ces logiciels, une masse d’argent nouvelle qui compensera l’effondrement du marché du disque.
On peut ainsi se dire que dans les années qui viennent, le téléchargement gratuit de la musique ne sera bientôt plus un problème : le développement de sources de financement alternatives permettra une résolution juridique du téléchargement illégal, il signifiera une libre circulation totale de la musique, démocratiquement mise à la portée de tous sans que cela n'affecte les artistes, il brisera le commerce illicite de la copie pirate.
Reste à savoir comment le monde de la musique classique peut trouver ses repères dans cette évolution technologique. Si les impératifs de vente disparaissent au profit d’une plus grande diversité des répertoires et de l’exhumation d’œuvres jugées trop pointues, ce sera un gain évident pour le consommateur. Les grandes majors n'auront plus d'excuses pour faire preuve d'une audace artistique qui leur fait actuellement défaut.
vendredi 4 avril 2008
Esquisse vénitienne
Il est surprenant de constater qu’un même lieu géographique offre des catégories de représentation diverses. A Venise, un campo ou une ruelle peuvent être aussi bien un coin de promenade pour les touristes, un centre religieux, un cadre de la mémoire historique, une résidence privée, une bâtisse commerciale, un objet de contemplation esthétique, un espace politique, un désert culturel voire un trou mortel… Ces jeux de métamorphoses s’enchaînent ou se superposent au fur et à mesure que l’on s'approprie la ville. Une maîtrise approfondie de ces strates permet de dépasser l’insupportable imagerie de carte postale que le tourisme de masse débine à longueur d'année.
Dire de Venise qu'elle est la cité des amoureux, du Carnaval, de la verroterie kitsch et des canaux nauséabonds, c'est cultiver des lieux communs bien éloignés de la réalité. Cette dernière est pourtant difficilement perceptible car Venise, plus que n'importe quelle ville d'art, se révèle difficilement. L'essentiel de son patrimoine, autrement dit la plupart des grands palais patriciens qui renferment des trésors artistiques insoupçonnés, est aux mains de particuliers et donc inaccessible au commun des mortels. Ce circuit très fermé mis à part, on peut même affirmer avec un brin de provocation que Venise n’est pas une ville touristique : il faudrait au minimum cinq semaines pour voir l’essentiel de ses richesses publiques, or le touriste d'aujourd'hui ne prolonge pas sa visite au-delà deux ou trois jours, sans parler de ces groupes qui débarquent le matin à Piazzale Roma et plient bagage avant la tombée de la nuit... Ce sont les mêmes lieux - San Marco, Rialto, la Salute et leurs abords immédiats - qui sont investis ; s'éloigner de ces grands axes, c'est risquer de sombrer dans les structures irrationnelles du labyrinthe citadin, passe-temps inconfortable pour celui dont le séjour est compté, quand bien même son sens de l'orientation serait particulièrement aiguisé. Seuls les dilettantes curieux, les explorateurs dans l'âme ont le privilège de découvrir les secrets de la cité et de sentir battre son cœur.
Au cours de ce séjour, le 47 ou 48e depuis que je fréquente la ville, je me suis consacré à quelques travaux scientifiques à la Biblioteca Marciana, avant de parcourir les grandes expositions en cours, notamment la superbe rétrospective du Palazzo Grassi sur "Rome et les Barbares" (j’y reviendrai ultérieurement) ou de lire sur les campi préférés (Santa Maria Formosa, San Giovanni in Bragora) et dans les églises appropriées, notamment dans le beau cloître roman de San Francesco della Vigna, havre de paix inconnu du public, où circulent ponctuellement quelques vieux frères franciscains en robe de bure, sous le regard complice de leur saint patron.
Mes ballades architecturales m'ont amené à découvrir cette fois-ci l'ensemble du patrimoine du quartier de San Vio (non loin du Palazzo Venier, l’actuel Musée Guggenheim), à admirer le pont de Calatrava (quasi achevé), à l'entrée du Grand Canal, à explorer l'Ospedale degli Incurabili, célèbre conservatoire de musique transformé depuis peu en Académie des Beaux-Arts, qui avait été au centre d'une de mes conférences l'an dernier.
Mes plus beaux moments, je les dois à ces flâneries répétées, toujours après deux heures du matin, sur une place San Marco totalement vide. Assis à la terrasse du Café Quadri, je passe une partie de la nuit à contempler, seul, le ciel étoilé du plus beau salon du monde.
jeudi 3 avril 2008
I giardini di marzo
mercredi 2 avril 2008
Un "Safari" de la maturité pour Jovanotti
Dans la génération des jeunes chanteurs italiens, Jovanotti (Lorenzo Cherubini de son vrai nom) est un des plus populaires. Représentant depuis les années 90 d'un style à la croisée de la musique funk, de la disco et du rap (genre qu'il est l'un des premiers à avoir développé dans la langue de Dante), son ultime opus, l'album Safari, d'une grande maturité artistique, s'oriente vers des sonorités plus pop-rock. En parallèle, Jovanotti renoue avec la grande tradition de la chanson italienne à texte comme le montrent la ballade Fango, avec Ben Harper, et surtout A te, "le" hit du dernier Festival de San Remo (29 février 2008) où l'artiste apparaît dans un nouveau look nettement moins grunge (les cheveux sont courts, la barbe bien taillée).Une troisième chanson de l'album Safari passe pour l'instant à longueur de journée sur les radios italiennes, Mezzogiorno, un tube au rythme irrésistible, à la mélodie captivante, sur un fond de guitares américaines extrêmement soignées qui montre que la chanson italienne a encore de beaux jours devant elle.
Mezzogiorno
A te
mardi 1 avril 2008
Atenaide vue par ses inteprètes
lundi 31 mars 2008
Nel profondo cieco mondo
Cela fait quelques jours que je parcours Venise bercé par l'Atenaide de Vivaldi, oeuvre créée en 1728, dernier né du cycle opératique vivaldien entrepris par Naïve, incontestablement la plus importante exhumation dans le genre de ces dernières années. Dirigé par Federico Maria Sardelli à la tête d'un Modo Antiquo survolté et ébouriffant, l'ouvrage, servi qui plus est par une distribution de rêve (Piau, Genaux, Laurens, Stutzmann, Agnew), se place, avec L'Olimpiade et Tito Manlio à la tête des plus belles réussites lyriques du compositeur vénitien. Cette qualité musicale est directement tributaire d'un libretto dont la beauté, la fluidité, la concision et la construction irréprochable sont dus au choix de scènes, d'arias et de récitatifs bien calibrés, dynamiques, d'une grande élégance, partagés entre l'ardeur héroïque, la joie sentimentale ou les fureurs belliqueuses propres à l'opéra seria. Rien d'étonnant à cela lorsqu'on sait que le texte (vieux d'une vingtaine d'année lorsque Vivaldi le met en musique), est dû à la plume du Vénitien Apostolo Zeno, célèbre poète arcadien avec lequel le compositeur était pourtant peu en phase. Membre de l'Accademia degli animosi, Zeno réforma le mélodrame italien du début du XVIIIe siècle, en l'adaptant aux principes de la tragédie racinienne : Atenaide n'échappe pas à la règle puisqu'on y trouve le traditionnel découpage en trois actes, l'unité de temps et de lieu des tragédies de Racine, la suppression des rôles comiques, la réduction du nombre de personnages, les grands élans héroïques, éléments qui intégreront quelques années plus tard les drames d'un Metastasio, le langage fleuri en plus.Avec Atenaide, Zeno et Vivaldi se replongent dans le passé byzantin de Venise : l'action se déroule sous le règne de l'empereur Théodose II (Ve siècle) qui, après de nombreux rebondissements, épouse Athénaïs (la future impératrice Eudoxie, nom qu'elle prendra après sa conversion au christianisme).
Logeant à deux pas des Zattere, cette superbe rive qui jouxte le canal de la Giudecca, je ne peux manquer de me rendre au numéro 782, à côté du Ponte de la calzina (Pont de la chaux), là où se dresse encore la maison d'Apostolo Zeno, occupée aujourd'hui par un restaurant. Le poète y mourut en 1750. Quelques décennies plus tard, la maison voisine, la Calcina, sera habitée par John Ruskin et André Suarès, d'illustres voisins qui, comme Zeno disserteront, l'un sur Byzance, l'autre sur la mort.
Je contemple ces deux demeures, imprégné par la gravité de l'aria "Nel profondo cieco mondo". Effectivement, Venise n'a pas fini de se partager entre les icônes byzantines et l'imagerie funèbre.
samedi 29 mars 2008
Encore sept d'arrivées - après trente - des années!
Le jour de mes 37 ans, je ne peux manquer de citer ce poème (entièrement de circonstance) du philosophe épicurien Philodème de Gadara, grand représentant de la vie littéraire du 1er siècle A.C.N., dont l'oeuvre a été préservée dans la fameuse Villa des papyrus de Pompéi par une gangue de lave épaisse issue de l'éruption du Vésuve en l'an 79 :Encore sept d'arrivées - après trente - des années!
désormais, dans ma vie, des pages arrachées...
désormais, à la volée, me voilà semé de crins
gris, Xanthippê, m'annonçant l'âge d'être sage.
Mais la lyre me plaît toujours, le bavardage,
les fêtes : le feu couve dans mon coeur sans l'assouvir.
Allons, les Muses, vite ! écrivez le mot de la fin,
le fin mot - ô maîtresses - de nos délires.
dimanche 23 mars 2008
Le syndrome de Venise
Il est des jours où je suis progressivement envahi par un inexplicable malaise. Je sens alors la nécessité de fuir le bitume des villes, le béton de nos tristes architectures. Le mouvement des voitures qui éventrent en tous sens la cité, leur vacarme et leur vitesse me deviennent insupportables, les gens me paraissent plus gris et ennuyeux que jamais. Tout est pourtant pareil et la seule transformation qui soit est dans ma tête.... Une sorte de dépression lente. A moins qu'il ne s'agisse d'un manque... Car à ces idées noires s'opposent toujours les mêmes images : celles de Venise. Avec le temps, j'ai fini par comprendre que cette crise naissante, n'était pas insurmontable et qu'elle se produit chaque fois que je suis un peu trop longtemps éloigné de cette ville. Je pense alors aux très nombreux souvenirs accumulés dans la Sérénissime, ils me font l'effet de cataplasmes apaisants et de potions euphorisantes mais, très vite, ces subterfuges n'ont plus d'effets sur ma prison mentale. La nécessité du départ s'impose. Je me sens en exil. Rien de très grave en somme mais il m'est impossible de résister à cet appel. Cette curieuse pathologie chronique, je l'ai surnommée le "syndrome de Venise". Nous sommes quelques rares atteints par cette douce folie. Elle a repris il y a deux semaines. Je m'en vais dès cet après-midi la soigner quelques jours.
Sans routes et sans voitures, Venise est hostile à toute idée de migration. Sa configuration géographique en fait un port d'arrivée ou port d'attache, mais jamais un lieu de transit souillé par la frénésie du monde urbain. L'arrivée à Piazzale Roma est un dépouillement. C'est le moment où tout homme se défait de la vitesse propulsive des transports modernes, où le corps se purge de l'élan du train, de la course des voitures, de l'envol de l'avion. Un jour ou deux suffisent pour renouer avec son centre de gravité et retrouver le doux rythme de la marche. Ensuite, il faut s'habituer au chaloupement somnolant des vaporetti et réapprendre à contempler, extatiquement et immobile, les subtilités chromatique d'une œuvre d'art, la beauté d'un campiello, l'éclat des rayons du soleil sur la coupole de la Salute, les bancs de sable inertes de la lagune avec ces centaines d'îlots spongieux qui affleurent, ventre en l'air, tels des animaux de terre crevés.
Venise n'a pas de points cardinaux. Quelques lieux vectoriels comme Saint-Marc ou le Rialto, la Pointe de la Douane, la Ferrovia. Mais aucune logique hypodamienne. Et c'est tant mieux, car j'aime ces rues artisanales, qui ne mènent à rien, qui finissent en cul-de-sac ou sur la rive d'un canal, qui filent, jamais droites, toujours tordues comme si leur concepteur avait voulu gommer tout horizon lointain. La ville est un énorme ventre maternel qui protège contre le trop plein de ciel qui éblouit et distend les épanouissements irisés de sa lumière, et contre le trop plein d'eau, élément complice du ciel, qui le dédouble, à l'envers. A moins que cela ne soit l'inverse. Car, à Venise, les miroitements du ciel et de l'eau finissent toujours par se confondre.
Il n'y a pas de perspective dans une ruelle de Venise. Et c'est comme s'il n'y avait pas d'avenir ou de passé. Venise est un repli de pierres, un marécage d'architectures sophistiquées qui se contemplent narcissiquement dans le miroitement des eaux stagnantes. Cette eau vaseuse, cette eau morte qui murmure sa menace et pousse ses bras entres les palais, cette eau sur laquelle les Vénitiens ont construit leurs églises et leurs salons, leurs boudoirs et leurs tombeaux, est une inertie aux pouvoirs apaisants. Dans les rues et les eaux de Venise, le silence est comme exacerbé. Le sentiment de finitude est à son paroxysme, propice à une mue de l'âme et à une renaissance de l'esprit.
Commencent alors une frénésie de visites, une chasse intense de photographies, un flot continu de pensées, sans oublier les nombreuses conversations avec ma soeur et sa famille, dans son bel appartement à l'arrière de la Piéta, les bavardages avec les autochtones, dans la rue, pour m'étourdir de la musique du dialecte vénitien, voire même avec certains touristes qui ont fait comme moi de la beauté leur religion. Tous ces moments me ressourcent... Le sentiment de bonheur n'est jamais très loin... Et si c'était justement cela le bonheur?
Il me tarde d'aller y goûter une nouvelle fois...
Barbara, Gare de Lyon. Une variante musicale du "syndrome de Venise".
samedi 22 mars 2008
Fumer comme un Turc? Un mythe qui part en fumée au pays d'Atatürk
Après l'Irlande, l'Italie, l'Espagne, la Belgique et la France, la Turquie est le 6e pays au monde à interdire le tabac dans les lieux publics. Avec ce paradoxe : la Turquie, considérée comme le plus grand consommateur de cigarettes au monde, objet intimement associé à son imagerie nationale, est désormais l'état qui édicte les interdictions les plus nombreuses et qui applique les mesures prohibitives les plus drastiques. On ne peut évidemment que saluer et encourager cette avancée sanitaire.Madonna downloaded : 7.000 titres en ligne
Le dernier album de Madonna, Hard Candy, qui abandonne la ligne disco de Confessions on the Dance floor pour un style plus hip hop, tarde à venir. Annoncé pour l'automne 2007, il devrait paraître à la fin du mois d'avril de cette année. Plusieurs de ses chansons, dont The Beat Goes On, Candy Shop et le tout récent single 4 minutes avec Justin Timberlake, sont toutefois déjà disponibles sur le site de Ben, collectionneur bruxellois passionné par la pop star américaine, qui a conçu un blog gigantesque où peuvent être téléchargés pas moins de 7.000 (!) morceaux alternatifs, versions longues, remixes, inédits de la chanteuse, totalement indisponibles sur le marché officiel du disque.
http://www.madonnadownloaded.blogspot.com/
Ce blog est méticuleusement organisé par albums d'abord, du plus récent au plus ancien, par chansons ensuite, parfois plus de 100 propositions par titre, souvent d'une très grande qualité artistique et sonore. Chaque semaine de nouveaux remixes de tubes anciens ou récents sont ajoutés à la liste. Notons encore que le site reprend les premiers essais de l'artiste, composés à New York à la fin des années 70, avant la sortie de son premier album officiel Madonna, en 1983.
Détail pratique, lorsqu'on clique sur un titre, on est aussitôt redirigé vers la plateforme Megaupload qui permet de télécharger gratuitement deux chansons par jour. Un payement (sécurisé) de 14,99 euros offre un accès illimité à l'ensemble de cette incroyable collection.
Le single 4 minutes avec Justin Timberlake
vendredi 21 mars 2008
The Lied and Art Song Texts Page
Les amoureux des lieder, des mélodies, des canzoni et autres chansons "savantes" à texte trouveront leur bonheur avec le site "The Lied and Art Song Texts Page". Une base de donnée qui contient plus de 27.500 textes classés par poètes (ca 5.000), par compositeurs (ca 6.480), par titres ou incipit de poèmes ou encore par langues (48!). Cette mine permet de retrouver :- tous les textes mis en musique par un compositeur, classé par cycle ou par ordre alphabétique
- des traductions des textes originels en anglais, allemand, espagnol, italien, russe et plus rarement en français (ex : pour Erlkönig de Schubert, on trouve des traductions italienne, anglaise ou espagnole).
- le cycle auquel une mélodie isolée appartient (ex. en tapant "Canción" de Falla, on découvre que c'est la 6e chanson des Siete canciones populares espanolas) .
- tous les compositions à partir d'un texte donné (ex : Un grand soleil noir de Verlaine a été mis en musique par Varèse, Honegger, Ravel, Stravinsky et Vierne).
Mahler, Kindertotenlieder, In diesem Wetter, in diesem Braus (Kathleen Ferrier, contralto)
jeudi 20 mars 2008
Le nouveau chagrin des Belges

En pleine répétition de l'Orchestre Philharmonique de Liège, à Essen, je reçois un SMS m'annonçant le décès, ce mecredi, dans un hôpital d'Anvers, du plus grand écrivain flamand, Hugo Claus. Âgé de 78 ans, Claus souffrait de la maladie d'Alzheimer. Il avait demandé à subir une euthanasie, comme la loi l'y autorise afin de mourir dans la dignité, droit que la France, moins progressiste sur la question que la Belgique, n'aura pas accordé à Chantal Sébire, morte également ce mercredi dans son appartement de Plombières-les-Dijon. Etrange et douloureuse coïncidence !
Comme beaucoup d'étudiants, j'ai lu Le chagrin des Belges (1983) trop tôt, sans en mesurer l'importance ou la portée politique. Ce n'est que plus tard que j'ai compris combien Claus était l'ennemi des traditionnalismes et combien il s'était acharné à combattre le provincialisme de la société flamande. Ce n'est que plus tard également que j'ai savouré la flamboyance de sa langue, extravagante et baroque à la manière d'un Michel de Ghelderode, souvent crue, parfois obscène, et d'un rire grotesque digne de Bruegel l'Ancien.
Son théâtre est sans doute la partie de son oeuvre la plus passionnante tant Claus est parvenu à y développer un naturalisme contemporain revisité dans un style burlesque et décapant : La fiancée du matin se penche sur un ton acide sur les amours incestueux de deux adolescents. Sucre conte, à la manière d'un Zola sevré à l'humour noir, la dure réalité du monde du travail. Vendredi, remarquablement interprété il y a un an ou deux au Théâtre le Public, narre avec un cynisme sans égal la sortie de prison d'un ancien pédophile.
Les références au catholicisme sont constantes dans les pièces de ce chrétien sans dieu. La religion est un arrière-fond qui les fait briller de l'éclat des enluminures à moins qu'elle ne devienne source d'iconoclasme comme au Festival de théâtre expérimental de Knokke, en 1967, lors duquel le dramaturge fit paraître trois hommes nus comme incarnation de la Sainte Trinité, ce qui lui valut une condamnation de 4 mois de prison avec sursis.
Ancien membre du groupe Cobra, ce "flamingant francophone", comme il se définissait, avait écrit avec Le chagrin des Belges, le roman qui, selon une enquête menée en 1999 par l'hebdomadaire flamand "Knack" et une association de promotion du livre flamand, est le plus important du XXe siècle en langue néerlandaise. Claus avait été nominé à plusieurs reprises pour le Prix Nobel de Littérature, distinction suprême qu'il aurait amplement méritée, tant son oeuvre est d'une portée universelle, mais dont il n'aura pas eu l'honneur.
mercredi 19 mars 2008
Le dragon parle à saint Georges
Dans un recueil de poèmes de Yànnis Kondos, je tombe sur un très beau texte qui incarne tout l'esprit de la "Genia to 70", la génération des écrivains grecs dont les premiers livres furent publiés en pleine dictature des Colonels (1967-1974). C'est en Kondos que cette "Génération des années 70", qui comprend entre autres Giorgos Markopoulos, Christoforos Leontakis ou Yiannis Patilis, s'est incarnée le mieux. En pleine junte militaire, il parle de l'aliénation du monde moderne, du morcellement de l'être humain, du corps souffrant. Sa langue est tour à tour épique ou tragique, avec de délectables pointes d'humour noir. Sa révolte contre toute dictature et sa haine des armes persistent bien après la chute du régime, notamment dans D'un moine anonyme (1985), recueil qui comprend Le dragon parle à saint Georges. L'animal, incarnation de l'humanisme pacifiste, de la poésie, de l'initiation aux mystères de la vie, succombe sous les coups barbares du guerrier chrétien."Toutes les icônes le montrent, tu vas me tuer.
C'est l'après-midi, mes écailles brillent.
Je ne mange que l'herbe de la lune.
Le sang m'est inconnu.
Je réchauffe les yeux de la cité,
les habitants font des cauchemars.
C'est tout ce que je fais -
le reste est mensonge.
Quant à la jeune fille,
quant aux eaux que je tiens prisonnières, vois :
ceci est un jardin avec des pommiers nains
et des fraises que je n'ai pas goûtées.
A présent seuls et face à face.
C'est vendredi, dans la nuit soudain,
les porcelaines de nos visages sombrent.
Je vois ma pensée : une épine dans le ciel.
Je vois encore ta noire pèlerine
s'ouvrir et me recouvrir,
tandis que se lève ta main tenant l'épieu.
Dans d'autres circonstances,
j'aurais pu être un chien dans ta cour.
Sur les tableaux, j'ai des ailes aux membranes vertes.
Je n'ai jamais volé.
Je traîne mon ventre enflé sur le sol
en déplaçant la mer vers la montagne.
A ce moment-là, le verre de ta vois s'est brisé
plantant l'épieu dans mes poumons, jusqu'au coeur.
Un sang épais a jailli,
teignant les chaussures d'argent
des anges, derrière toi,
sur deux rangs, qui riaient.
J'ai lancé le dernier sifflement -
fil de nickel de la terreur.
Les pommes du jardin ont mûri,
sont tombées à mes pieds.
Levant les yeux au ciel,
tu es devenu saint.
Mes griffes plantées dans le sol
répandent musiques et parfums.
J'ai fermé les yeux et j'ai vu."
mardi 18 mars 2008
Anne Herzé ou le génie de la couleur
Cela fait des années que je rêvais d'acquérir un tableau du peintre belge Anne Herzé. C'est chose faite depuis cette semaine, et je dois cette folie à l'insistance de mon ancien professeur de musicologie et amie, Annette Mathy, qui m'a permis de rencontrer le peintre dans sa splendide maison de maître de la rue Fusch, face au Jardin Botanique, et d'acquérir cette "Composition" de 1996.
Peintre autodidacte, née à Liège, en 1932, Anne Herzé a commencé sa carrière artistique assez tardivement, à partir de 1980 seulement. Elle suit quelques cours à l'Ecole des Beaux-Arts de Liège, mais son talent et son tempérament déjà très affirmés lui font clairement prendre conscience qu'elle n'a rien à apprendre dans les milieux académiques. Ses vrais maîtres sont Cézanne pour l'abstraction progressive à partir d'un sujet donné, Poliakoff ou Klee pour le sens de la composition et Esteve pour les jeux de couleurs.
L'essentiel de son iconographie est inspiré par les paysages aériens, en particulier les vues de la Toscane ou de l'Ombrie qu'elle soumet au filtre de l'abstraction, cloisonnant les parcelles de terre dans des cellules de couleurs brunes, ocres, rouges, oranges, jaunes généralement réalisées au pastel. Le résultat brille par une subtilité chromatique exceptionnelle. Autre sujet de prédilection, les rares natures mortes d'Anne Herzé sont plus directement influencées par le travail d'un Cézanne, avec la même qualité de stratification dans l'emploi des coloris.
Si, la plupart du temps, une distanciation avec l'objet lui semble indispensable pour laisser éclater sa sensibilité et ses émotions, il lui arrive, comme dans le tableau Composition, de n'avoir pas de sujet d'inspiration particulier et de partir, comme elle le déclare, "d'un geste premier qui appelle tous les autres gestes, dans la plus pure volonté d'abstraction", créant un agencement de lignes ou des courbes d'un équilibre exceptionnel.
Très récemment, Anne Herzé s'est mise à explorer la peinture à l'acrylique, adaptant son art à cette technique qui, utilisée pour l'instant dans des petits formats, lui permet de faire éclater son génie de la couleur. Les jeux de strates sont d'une densité et d'une richesse fascinantes, ses agencements comparables à ceux d'un Bernard Frize, en France, ou d'un Gerhard Richter, en Allemagne. Dans les tableaux vaguement figuratifs qui utilisent cette technique, ses vues de Venise (dignes d'un Vuillard), diluées dans un magma de couleurs éclatées, ont une force suggestive étourdissante.
Bien que participant régulièrement à des expositions à Liège, à Paris ou en Allemagne, sa personnalité raffinée et son tempérament délicat rejettent la vulgarité du marché de l'art, sa seule passion est de peintre, inlassablement. Elle a même du mal à se défaire de ses productions. Avoir une de ses oeuvres est d'autant plus un honneur...
lundi 17 mars 2008
Bienvenue chez les Ch'tis
Bienvenue chez les Ch'tis, deuxième long métrage de Dany Boon est en train de devenir un véritable phénomène de société. Le film est une comédie loufoque qui traite de la mutation dans le Nord du directeur d'un bureau de poste en Provence. Ainsi, en raison d'une sanction disciplinaire, Philippe Abrams (l’excellent Kad Merad), est contraint d'aller vivre à Bergues, ville du Nord-Pas-de-Calais considérée comme le bout du monde. Ce qui est au départ une contrainte devient rapidement la découverte d'une région et d'une population particulièrement attachantes, qu'il quittera dans les larmes après trois années de bons et loufoques services.Esprit de la comédie populaire oblige, Dany Boon n’échappe pas à certains simplismes lorsqu’il décrit les préjugés du cadre expatrié ou la candeur naive des autochtones nordistes. Tout comme il insiste parfois lourdement sur le côté carte postale de la région avec ses beffrois flamands, ses maisons ouvrières, ses baraques à frites où règnent la fricandelle et la mayo, sans oublier de plonger le spectateur dans le truculent dialecte ch’timi où les « S » se prononcent « CH », les « CH » « K » et où chaque phrase finit par « Hein biloute !».

Malgré ces stéréotypes, le film, rythmé sans aucun temps mort, se laisse regarder avec bonheur. Il est effectivement rare qu'une région du Nord fasse l'objet d'une comédie et soit évoquée avec autant de tendresse, d'humour et d'humanité. Boon prend même le contrepied de l’ennuyeuse noirceur des clichés à la Germinal dont il se moque avec intelligence à un moment crucial du film. Aidé par une brochette d'acteurs plus vrais que nature, à commencer par Line Renaud (la mère autoritaire du facteur local), le réalisateur décrit une France différente, ni marginale ni mineure mais parfois politiquement incorrecte, qui rompt - qualité que les penseurs du sérail n’hésiteront pas à qualifier de réactionnaire - avec cette France centralisatrice que gouvernent les bobos superficiels, les intellos nombrilistes (détenteurs bien entendu du vrai parler français) et les technocrates qui n'ont pour seule culture que la culture de l’argent. Sans être une apologie du communautarisme, le film rappelle combien les régions prennent aujourd'hui leur revanche sur le concept de "nation", cette utopie du XIXe qui engendra tant de mosaïques bancales (la Belgique entre autres!) et dont l’histoire contemporaine nous montre chaque jour qu'elle ne résiste pas au fil du temps. Avec Bienvenue chez les Ch'tis, Boon suggère que une identité régionale est souvent plus authentique que les projets culturels d'un gouvernement national, par définition burocratique, sujet à nivellement et donc sans âme.
Arrivé à Bergues, Philippe Abrams a passé sa première nuit chez son employé Antoine (Dany Boon) et s'apprête à prendre son déjeuner avec celui-ci et son "imposante" mère (Line Renaud)
dimanche 16 mars 2008
Le jeu du glamour et du hasard
Etonnant comme un seul morceau peut construire le parcours musical d'une journée. Tout part d'une publicité au cinéma, pour une marque de cappuccino, tournée en noir et blanc dans une Rome glamour façon La dolce vita. En musique de fond, Music to watch girls by d’Andy Williams (vers 1967), crooner à la Dean Martin dont le tempérament insouciant et les accents mélancoliques collent aux images de la pub. Le morceau, à mi-chemin entre l’easy listening et le jazz, restera en tête pendant le film avant de mettre la main dessus sur le net. Et d’en découvrir des versions multiples, instrumentales pour la plupart, celles de Mantovani et son orchestre, des Ventures (plus rock), du Bob Crewe Generation, d’Herb Alpert & le Tijuana Brass (plus jazzy) ou encore celle de Willie Bobo qui reprend l’air dans une atmosphère totalement latino.
Dans les versions chantées, Matt Monro se lance dans la chanson avec le sérieux d’un Sinatra, mais c’est surtout les Ray Conniff Singers qui créent la surprise : l’indolence des années soixante y est à son comble, tout sonne comme par enchantement chez ce chœur de 12 hommes et 13 femmes qui dispose de couleurs très claires, pures et vivantes. Une recherche sur quelques sites spécialistes permet de découvrir plusieurs réalisations exceptionnelles de cet ensemble dont pas mal de reprises de musiques de film et même des chants de Noël aux antipodes des habituelles niaiseries nauséabondes de fin d'année.
De fil en aiguille la recherche permet aussi de surfer sur le jazz de Les McCann, créateur de Music to watch girls by, avec en prime la découverte du sublime Watermelon man qui par le jeu des associations mène aussi à Herbie Hancock.
Cap sur le Canada ensuite avec la découverte, par le plus pur des hasards, du troisième album fraîchement sorti de Kathleen Edwards, Asking for Flowers, artiste admirable dont le rock à la fois folk et country doit énormément à Tom Petty (à l'instar des précédents Back to me et Failer, à découvrir d'urgence).
Etape suivante : Cuba, avec un album inédit d’Omara Portuondo publié par Itunes, les 18 joyas inéditas, qui comprennent les sublimes Tres palabras et Quiéreme Mucho.
Conclusion enfin, après un détour par Eddie Choran, America, et le sublime Race with the devil des Gun, avec la pop années 60 des Association, groupe californien qui flirta avec le folk psychédélique et auquel on doit deux chefs-d’œuvre : Everything that touches you et Along comes Mary. Une fois n'est pas coutume, la richesse musicale des sixties laisse pantois d’admiration.
samedi 15 mars 2008
Les 50 ans de chanson de Mina Mazzini
Si l'on demandait aux Italiens qu'elle est la plus grande chanteuse pop de leur pays, la réponse serait claire, simple et tranchée : Mina Mazzini. Appelée communément Mina, née à Crémone, en 1940, l'artiste fête en 2008 ses cinquante ans de carrière puisqu'elle fit ses débuts à "La Bussola" de Marina di Pietrasanta en 1958, salle de concerts qui sera continuellement associée à sa carrière.Après quelques premiers titres dans la veine du rock naissant, interprétés sous le pseudonyme de "Baby Gate", Mina s'impose dans les années 60 avec des chansons qui s'écartent progressivement de l'insouciance stylistique qui domine la musique italienne de l'époque. Elle devient rapidement une icône nationale, succès qu'elle doit d'abord au développement de la télévision dans les foyers italiens à partir des années 60 : Mina passe régulièrement dans des émissions fétiches comme "Sabato sera", "Canzonissima", "Studio uno" ou plus tard "Milleluci", show qu'elle anime avec une autre star de la chanson italienne, Raffaela Carrà.
A cette présence sur les petits écrans qui contribuent à son succès s'ajoutent trois autres éléments. Premièrement, sa voix. Celle d'un mezzo-soprano d'une incroyable sensualité, souple, envoûtante, subversive et d'une tessiture exceptionnellement étendue dans les aigus. Deuxièmement, son interprétation. Chaque chanson est exécutée avec une implication psychologique et une force sentimentale marquées, comme si Mina narrait des drames personnels avec la conviction d'une tragédienne. Ses plus grands succès sont le récit de ses passions impossibles, de ses ruptures sentimentales, de sa douleur de femme trompée. Troisièmement, son image. Mina rompt avec l'aspect de l'Italienne traditionnelle des années 50, catholique et petite-bourgeoise. Elle impose l'image d'une star, avec ses tenues extravagantes, ses faux cils immenses, ses coiffures excentriques, ses maquillages soutenus et ses amours adultères qui font scandale : sa liaison avec un acteur marié, Corrado Pani, dont elle aura un fils, provoque la censure des télévisions publiques. En 1963, Mina est interdite d'antenne pour quelques années mais le succès de ses disques et la pression de la foule parviennent à lever cet ignoble ostracisme. Adulée pour son pouvoir de séduction, elle transforme son image au cours des décennies suivante. La féministe indépendante devient tour à tour vamp, femme fatale, créature androgyne, monstre libertin. Bien qu'installée à Lugano à partir de 1966, ville où elle réside encore aujourd'hui (Mina obtient même la nationalité suisse en décembre 1990), la "tigresse de Crémone", comme on la surnomme, a su forger son propre mythe et devenir le symbole de la grande chanson italienne.
Ses plus grands tubes datent des années 1969-1978, de Non credere à Ancora, ancora, ancora, en par E poi, Adagio, L'importante è finire où la voix acquiert une densité rare, une force déchirante. Elle s'entoure des plus grands paroliers (Cristiano Malgioglio en tête) et collabore avec le gratin des "cantautori' (chanteurs-compositeurs) de la seconde moitié du XXe siècle (Lucio Battisti, Adriano Celentano, Riccardo Cocciante ou Lucio Dalla) qui écrivent pour elles des refrains aux mélodies développés, dramatiques, tout en contraste, permettant une excellente mise en valeur de tous les registres de sa voix.
A la fin des années 70, Mina acquiert une certaine renommée internationale qui la pousse à reprendre ses grands titres en anglais, français, allemand, portugais et même en turc et en japonais. Franck Sinatra souhaite lancer sa carrière dans le show business américain, mais de graves problèmes d’anorexie l’incitent à annuler ce projet. A la surprise générale, Mina donne son dernier concert le 23 août 1978, puis se retire définitivement de la scène, ne pouvant supporter les retombées de la gloire. Bien qu’étant apparue dans de nombreux films, elle décline à la même époque le rôle principal que Fellini lui propose dans Il viaggio di G. Mastorna. Du coup, le film ne verra jamais le jour.
Mina continue néanmoins à enregistrer chaque année un double album de 1979 à 1995. A partir de 1996, alors que la voix est en net déclin, sa production discographique se diversifie. Elle reprend les chansons de groupes et de chanteurs qu’elle affectionne particulièrement (les Beatles, Sinatra, Renato Zero ou Domenico Modugno, le père de la célèbre chanson Volare) et s’oriente vers des genres plus spécifiques (la musique religieuse, la chanson napolitaine), partie de son œuvre la moins intéressante. De 1992 à 2003, plusieurs de ses disques ont été produits par son fils Massimiliano Pani dont on regrettera dans certains cas la banalité de la production. Mina connaît un succès planétaire en 2003 et 2004 en prêtant sa voix aux publicités que Fiat réalise pour la Stilo et la Panda. En 50 ans de carrière, 2004 est la seule année où Mina n’a pas enregistré de chanson nouvelle et celle où paraît son triple best of (The Platinum Collection) qui continue à être en tête des ventes en Italie. Son album le plus vendu reste cependant Mina Celentano (1.600.000 exemplaires).
Ces derniers temps, Mina écrit régulièrement dans les revues d’opinion et les pages des grands quotidiens italiens (La Stampa) et répond à ses nombreux fans dans l’hebdomadaire Vanity Fair. Elle s’est mariée en juin 2006 avec le cardiologue Eugène Quaini après 25 ans de vie commune. Son nouvel album, Todovia (2007), une série de reprises en espagnol, a été plusieurs semaines numéro un en Italie. Sa force de conviction est restée intacte.
J’ai découvert Mina il y a quelques années, à Venise, grâce à ma nièce Isabelle qui est complètement fascinée par sa musique. Elle possède toute sa discographie officielle ainsi que de nombreux pirates. Grâce à la numérisation de la musique, j’ai pu bénéficier de ses 2000 fichiers MP3... Je n’avais jamais entendu parler de l’artiste, totalement inconnue en dehors de l’Italie, ce qu’aucun Italien n’a jamais réussi à comprendre.
Le site officiel de Mina comprends de nombreux documents d'archives : http://www.minamazzini.com/. Il est évidemment impossible de citer ses meilleurs morceaux de Mina ici. Voici toutefois une sélection de dix chansons, qui font partie du saint des saints de ma "Minantologia" personnelle.
a. Deux chefs-d'oeuvre de la période glamour :
E se domani, 1966
Vorrei che fosse amore, 1969
b. Et les sommets :
E poi, en 1974
Adagio, 1972
La mente torna" en 1972
Insieme
Fiume azzuro
Non credere, en 1969 à "La domenica è un'altra cosa"
"
La musica è finita, 1968
L'immensità
vendredi 14 mars 2008
Israéliennes à la dérive
Les Méduses (Meduzot), premier film du couple Shira Geffen et Etgar Keret (écrivain célèbre en Israël), est un de ces petits bijoux cinématographiques qui, après vision, nous envahit petit à petit par sa force poétique à retardement. Portrait impressionniste de femmes à la dérive, Les Méduses est la chronique fragmentée d'une génération d'Israéliennes murées dans leur silence, leur solitude, leur incommunicabilité, enfermées dans les douleurs de déchirements familiaux passés non cicatrisés. Elles errent, claudiquantes, sans perspective de vie et finissent par se laisser porter à la dérive comme ces méduses échouées sur les bords d'une plage.Celui d'une écrivaine, voluptueuse et superbe qui, dans ce même hôtel, passe ses journées terrée dans le noir. Celui de la photographe du mariage, virée parce qu'elle préférait prendre en photo des clichés poétiques plutôt que la tronche des invités. Celui d'une garde malade indonésienne qui tente de rapprocher une vieille dame convalescente et acariâtre de sa comédienne de fille (l'incommunicabilité verbale et physique y est totale) alors qu'elle même souffre de ne pas voir son fils de cinq ans resté à Manille. Celui de Batya enfin, jeune serveuse plaquée par son copain qui rencontre une petite fille muette entourée d'une bouée, curieusement sortie de la mer, dont la présence puis la disparition apporte au film une dimension mystérieuse et onirique et qui est la clé d'une oeuvre partagée entre réalité et onirisme.
Les hommes ont peu de place dans ce film. Ils respirent la médiocrité à l'image de ce père adultère qui, incapable d'élever Batya et d'entretenir dans le présent une relation affective normale avec elle la néglige pour se taper des jeunes femmes qui ont l'âge de sa fille. Ils sont également les vecteurs d'une impuissance sociale à l'instar de ce policier chargé des personnes disparues qui construit des cocottes en papier à partir du dossier de ces inconnus partis à la dérive.
jeudi 13 mars 2008
La Passion selon Claude Ledoux
Parmi les compositeurs belges d'aujourd'hui, Claude Ledoux est un de ceux dont j'apprécie particulièrement la musique. Sa finesse mélodique (souvent inspirée des musique extra-orientales), la beauté de ses orchestrations, son travail sur la décomposition des harmoniques du son, directement influencé par l'école "spectrale" de Grisey et Murail, donne lieu à des pièces extrêmement séduisantes et raffinées. Son 1er Quatuor à cordes ainsi que le Cercle de Rangda (son concerto pour piano) comptent parmi les œuvres les plus importantes créées en Belgique ces dernières années. Compositeur prolixe, Claude Ledoux crée ce mois-ci deux nouvelles compositions :- Sa Passion selon saint Luc est donnée ce mercredi 13 mars à 20h à la Cathédrale Saint-Michel de Bruxelles, et le samedi 15 mars, à 20h, à la Cathédrale de Liège.
- son 3e Quatuor à cordes "Las lagrimas de un angel", que le Quatuor Danel interprètera le mardi 18 mars, à 20h, au Conservatoire de Bruxelles.
A cette occasion, il a accepté de parler de ces nouvelles pièces.
Une Passion au XXIe siècle... n'est ce pas anachronique ?
La question interpelle ; à l’instar de la proposition d’Alain Arnould, aumônier des artistes à la Cathédrale de Bruxelles, qui suscita en moi une profonde réflexion sur le devenir d’une certaine musique sacrée d’aujourd’hui. Certes, écrire une œuvre musicale sur les derniers moments de la vie du Christ renvoie à un pan indéniable de la culture musicale du monde : des Passions de la Renaissance où le chœur tient le rôle des protagonistes, à celles des temps baroques où les conventions des “passions” se déclament au gré de parties vocales fortement individualisées ; mais aussi de certains Chants méditerranéens de la Semaine Sainte exhalés par un chœur de solistes aux sonorités nasillardes et pourtant sublimes ; sans oublier ces monodies archaïques des églises du Proche-Orient, berceau de la foi chrétienne, ouverts à la profusion de mélismes envoûtants. L’occasion était belle d’offrir aux oreilles d’aujourd’hui un voyage né de la synthèse de ces univers aimés, “digérés” en un tout organique faisant la part belle aux sonorités d’un ailleurs imaginaire, associé à ce texte magnifique de l’évangéliste Luc.
Cette Passion est-elle pour vous un acte de foi ?
Se lancer dans l’aventure de la musique religieuse aujourd’hui me semble un acte responsable, intégré dans une époque où les valeurs spirituelles ne cessent d’affronter la frénésie matérialiste. Reste la question : où donc se situer sur cette échelle de valeurs que l’on ne peut négliger ? Je n’ai pas de réponse catégorique.
Quel traitement réservez-vous au chant ?
Je suis parti d’un point focal caractéristique qui ne cesse de m’émerveiller : les chants de la Semaine Sainte de Sardaigne, entendu interprétés par un choeur d’hommes à quatre voix à la richesse harmonique insoupçonnée. Les extraordinaires couleurs nasillardes de ces voix renforcent, par addition des timbres des solistes, certaines bandes de fréquences du spectre vocal, inhabituelles dans le chant classique. Ainsi a-t-on la sensation d’entendre une voix nouvelle, féminine, virtuelle – celle de la mater dolorosa - planer au dessus de ces voix strictement masculines. Une présence dans l’absence. D’où l’idée d’utiliser dans ma Passion une unique voix féminine solo en réponse à cette virtualité sonore ; en réaction aussi à la tradition vocale des Passions. De plus, à l’instar des chants de Sardaigne, l’idée d’enrichissement spectral sous-tend l’entièreté de l’œuvre grâce à l’utilisation de l’électro-acoustique. Ce qui nous rappelle combien l’histoire de la technologie demeure liée à celle de la spiritualité musicale.
Comment s'organise la distribution des rôles lorsqu'on ne dispose que d'une soliste ?
Il n'y a point de distribution stéréotypée, mais une variabilité permanente où les personnages, tant le Christ que les autres protagonistes, peuvent être représentés alternativement par la soliste, le chœur ou l’électro-acoustique. Un jeu aussi entre représentation individuelle et proposition collective ; que ce soit dans le statut de Jésus – aussi bien individu sensible qu’ouverture sur l’infini – ou celui du peuple – multitude meurtrie par ses antagonismes, mais aussi objet unique de la miséricorde de Dieu.
Venons-en à la seconde création. Pourquoi ce 3e quatuor s'intitule-t-il "Las lagrimas de un angel" ?
Ce titre est d'abord métaphorique. Il fait référence à l’histoire de la jeune équatorienne Angelica (et finalement celle de tous ces enfants de famille d’exilés, parfois résidant de longue date dans nos contrées), recluse en 2007 dans la promiscuité d’un centre fermé pour sans-papiers, aux larmes largement médiatisées, qui m’a ému au point de composer une œuvre dont l’écriture et ses stratégies se devaient d’offrir mon point de vue sur la chose.
Comment ce point de vue s'est-il affirmé musicalement ?
L’une de mes caractéristiques esthétiques consiste depuis bon nombre d’années à me nourrir des musiques extra-européennes, de les “digérer” et de les synthétiser sous la forme d’une dialectique avec les pratiques techniques de l’écriture musicale occidentale. Dès lors pour rejoindre la métaphore précédemment citée, j’ai analysé par le biais de l’informatique certains faits sonores émanant de rituels pratiqués en Équateur mettant en valeur des ensembles de conques – les pututus - aux sonorités étranges. Ainsi, les échantillons mis sous observation ont-ils révélé de remarquables propriétés spectrales. Ainsi le projet musical rejoint-il le projet métaphorique ; même si pour l’oreille ne demeure uniquement que la musique !

