Après les délires psychanalytiques de l'incroyable Hulk et les niaiseries sentimentales de deux cowboys dans le Wyoming, le dernier film du réalisateur taïwanais Ang Lee, Lust, Caution, inspiré du roman éponyme d'Eileen Chang (1950), est, malgré ses 2h40, une totale réussite.Durant la Deuxième Guerre Mondiale, à Hong Kong, en pleine occupation de la Chine par les Japonais, une jeune étudiante, Wong Chia-Chi (l'actrice Tang Wei), se lance dans le théâtre dans l'espoir de séduire le jeune homme qui l'a conviée à une audition. Elle interprète aux côtés d'autres étudiants des pièces patriotiques antiniponnes qui remportent un certain succès. Lassés de n'être pas réellement dans l'action politique, les comédiens décident de s'engager dans la résistance et deviennent des agents du Kuo-Min-Tang, le Parti populaire de Chine. Leur mission : tuer M. Yee (Tony Leung, très remarqué dans In the Mood for Love), un fonctionnaire chinois d'une quarantaine d'années qui oeuvre pour Wang Ching Wei, le Pétain chinois, ami de l'occupant japonais et futur fondateur du « régime de Nankin ». Leur moyen : demander à la belle Wong Chia-Chi de s'infiltrer chez le fonctionnaire et de le séduire.

Wong Chia-Chi parvient à se faire introduire dans le cercle familial de M. Yee, à Hong Kong, sous le nom de Madame Mak. Après une première rencontre, les deux protagonistes se perdent de vue. Quatre ans plus tard, Madame Mak retrouve Yee à Shangaï et devient la maîtresse de cet homme rude et secret. Le film prend alors une allure doublement captivante puisque Ang Lee joue à la fois sur la tension politique de la narration (va-t-on éliminer M. Yee?) et sentimentale (l'affection simulée se muera-t-elle en passion véritable?).

Si le réalisateur reconstitue de manière nostalgique la Chine des années 40 (avec ses intérieurs en acajou où les femmes passent leur temps à jouer au mah-jong, ses berlines élégantes, ses pousse-pousse folkloriques), ce cadre un rien esthétisant ne distrait pas du propos véritable : l'exploration des sentiments indicibles des deux personnages (exploration déjà développée, mais avec plus de maladresse, dans Le Secret de BM).
La première moitié du film propose des scènes d'une sensualité subtile : l'essai d'une robe moulante chez un tailleur, une trace de rouge à lèvres sur une tasse, une mèche de cheveux délicatement relevée. Lorsque Yee et Mak se retrouvent à Shangaï, le propos se concentre sur des ébats amoureux d'une crudité incroyable. Les personnages se découvrent dans une relation quasi sadomasochiste où la possession physique s'accompagne d'une dépendance extrême, d'une perte de contrôle allant jusqu'au vertige, d'une chute des masques. Yee passe d'une placidité hautaine, neutre à une violence et un amour exacerbés. Toute la grandeur du film réside dans cette exploration.

Lust, Caution est un titre énigmatique. Le site de Télérama explique sa complexité et ses sens multiples :
Lust, Caution est la traduction anglaise du chinois « "se", "jie" ». La préfacière (et traductrice) d'Eileen Chang, Emmanuelle Péchenart, nous plonge dans une jungle polysémique typiquement chinoise : « "Se" désigne la couleur, le charme féminin et le désir sexuel ; "jie" signifie l'abstinence, la retenue et la prudence, mais les deux termes signifient encore rôle de théâtre, bague et aussi encercler, donner l'alarme. » Deux mots contiennent littéralement tous les ingrédients du récit : toute la complexité du monde cachée sous le trait fin de l'idéogramme...
Lust, Caution est la traduction anglaise du chinois « "se", "jie" ». La préfacière (et traductrice) d'Eileen Chang, Emmanuelle Péchenart, nous plonge dans une jungle polysémique typiquement chinoise : « "Se" désigne la couleur, le charme féminin et le désir sexuel ; "jie" signifie l'abstinence, la retenue et la prudence, mais les deux termes signifient encore rôle de théâtre, bague et aussi encercler, donner l'alarme. » Deux mots contiennent littéralement tous les ingrédients du récit : toute la complexité du monde cachée sous le trait fin de l'idéogramme...





Samedi après-midi on ne peut plus bruxellois à l’invitation de mon amie Marianne G. Embarquement pour les Musées Royaux des Beaux-arts (j'en profite pour devenir Amis des Musées) afin d'y admirer la très belle rétrospective organisée à l’occasion des 80 ans de Pierre Alechinsky, de A à Y.



































