Selon une dépêche de l'agence Belga, les Néerlandais considèrent Charleroi comme "l'endroit le plus laid au monde". Liège arrive à la deuxième position juste avant la ville de Nikel en Russie. Le sondage réalisé auprès de 2.900 personnes du Volkskrantreizen fustige en réalité trois métropoles enlaidies par une industrie minière vieillissante.
Il est sans doute injuste que Liège fasse partie du trio de tête alors qu'elle regorge de trésors architecturaux (toute la rue Hors Château est par exemple une merveille). Et pourtant, comme en amour, c'est la première impression qui compte et force est de constater qu'un étranger qui arrive dans la Cité ardente a le sentiment de débarquer dans une ville des anciens pays de l’Est. A-t-il tort? Pas vraiment, hélas... A force d’avoir le nez dessus, les habitants finissent par ne plus voir les gâchis esthétiques opérés. Si l'on reprend des photos du vieux Liège, on ne peut qu'être consterné par le laisser-aller urbanistique de ces cinquante dernières années ? On ne compte plus les maisons délabrées (du Carré, du quai de la Batte ou du quartier d'Outremeuse), les chancres urbains (les quais qui longent le Musée de la métallurgie), les nombreux trottoirs défoncés et surtout les gifles architecturales qui ont meurtri la ville : la place Saint-Lambert est totalement défigurée depuis la construction de l'espace Saint-Michel et des galeries Saint-Lambert. Les annexes récentes du Palais de Justice sont une rare leçon d'anti-architecture.

Et comment ne pas exécrer le complexe de la cité administrative, l’hôpital de la Citadelle, les Chiroux, la Galerie Opéra, les immeubles du Quai de Rome et tous ces affreux bureaux des grands boulevards qui ont usurpé la place d'anciennes maisons de maître. Liège continue les massacres (récemment deux maisons anciennes face à l’église Saint-Jacques ont été massacrées). Il n’y a hélas aucune raison pour que cela s’arrête tant que le monde politique et, avant lui, l’ensemble des citoyens n’auront pas pris conscience que l’âme d’une ville est dans son patrimoine et son histoire. Apprendre à aimer les trésors d'une ville ne fait visiblement pas partie de l'éducation des Liégeois. Ceux-ci préfèrent ergoter sur le devenir de la future esplanade devant la gare des Guillemins, rejetant le projet de Calatrava parce qu'il est "trop ambitieux pour Liège", "démesuré, "pharaonique". C'est pourtant la première fois que Liège fait appel à un architecte digne de ce nom qui fait montre d’une cohérence urbanistique totale, d’une logique esthétique absente dans tout le reste de la ville. Son projet fera parler de Liège internationalement et attirera dans la ville un public du monde entier (les massacreurs de la Place Saint-Lambert n'auront jamais ce privilège...). En attendant, on n'est même pas fichu d'accueillir correctement le visiteur qui met les pieds dans la cité tant les abords de la gare font désordre. Pourquoi dès lors tant de cris, de réserves, d'âmes effarouchées devant le projet de l'architecte catalan ? On ne peut pas se proclamer première ville de Wallonie sans se donner les moyens de ses ambitions. Et s’étonner ensuite que les investisseurs ou les touristes préfèrent passer leur chemin. Liège a des atouts patrimoniaux majeurs. A l'instar de Lille ou de Bilbao, il est temps que la Cité ardente dégage de vrais moyens pour mettre en valeur ses trésors et qu'elle cesse de céder aux démons de la spéculation immobilière. C'est ainsi seulement qu'elle parviendra à une reconnaissance mondiale.
























Samedi après-midi on ne peut plus bruxellois à l’invitation de mon amie Marianne G. Embarquement pour les Musées Royaux des Beaux-arts (j'en profite pour devenir Amis des Musées) afin d'y admirer la très belle rétrospective organisée à l’occasion des 80 ans de Pierre Alechinsky, de A à Y.



















